Les vautours tournent autour de Penn State!

Au moment où nos partis politiques se livrent à du vulgaire racolage pour attirer des candidats susceptibles de nous faire oublier des chefs aussi ineptes qu’insipides, les recruteurs de toutes les grandes universités américaines tournoient autour du campus de Penn State comme des vautours qui salivent et convoitent la riche viande du lion agonisant. Il fallait s’y attendre, les lourdes sanctions imposées à la vieille université et à ses Nittany Lions dans la foulée du scandale Sandusky et de l’omerta Paterno, attireraient rapidement les rapaces. On aurait pu les imaginer plus discret mais les Américains n’ont jamais fait dans la dentelle quand il s’agit de s’approprier des biens du voisin.

Bill O’Brien, l’entraîneur-chef des Nittany Lions, affirme que tous ses joueurs ont été approchés par les entraîneurs des autres équipes de la NCAA. Tous sans exception ont été invités à fuir le campus de State College, en Pennsylvanie, pour trouver refuge dans une autre université. Plusieurs des joueurs de Bill O’Brien ont même l’embarras du choix avec pas moins d’une cinquantaine d’offres sur la table! Le capitalisme sauvage à l’américaine ça s’apprend aussi à l’université!

Les joueurs des Nittany Lions étaient conviés à une réunion d’information ce midi à Penn State. Une fois la réunion terminée, la plupart sont restés à l’intérieur de l’édifice pour éviter de croiser les dizaines de recruteurs des équipes adverses qui les attendaient dans le stationnement. Ce n’est plus une entreprise de séduction mais bien du harcèlement.

Logo de l’Université de Penn State.(Getty Images)

Un des joueurs vedettes des Nittany Lions, Silas Redd, est présentement l’un des joueurs les plus convoités. Son cœur balance, semble-t-il, entre compléter ses études à Penn State ou accepter d’aller jouer ailleurs, possiblement à USC. Il n’a que vingt ans et a grandi au Connecticut. Redd, qui a gagné 1241 verges au sol avec sept touchés l’an dernier, a encore deux années universitaires devant lui avant de faire le saut chez les pros. Jouer pour Penn State était un rêve pour ce jeune athlète qui étudie en publicité. Mais voilà, il a le potentiel pour espérer un jour évoluer dans la NFL. Il aura plus de chance d’épater les dépisteurs en portant l’uniforme des Trojans de USC. Mais son cœur est toujours à Penn State.

J’ai applaudi les sanctions imposées par la NCAA, notamment la permission accordée aux joueurs de quitter Penn State pour jouer au football ailleurs si tel était leur désir dans les circonstances. Mais j’avais oublié à quel point les entraîneurs de football peuvent être des rapaces sans scrupules, prêts à tout pour gagner. On se croirait en pleine fièvre d’un marché de joueurs autonomes. Voilà qu’une sanction qui semblait juste et équitable devient une occasion inespérée pour des entraîneurs qui de toute évidence se soucient guère des émotions déchirantes que doivent vivre les joueurs de Penn State.

Pas sûr que c’est ce que les dirigeants de la NCAA avaient en tête en ouvrant la porte aux joueurs des Nittany Lions. O’Brien  lui-même reconnait être dépassé par les événements. En entrevue à ESPN il affirme que : « Ces jeunes-là ne veulent pas quitter Penn State. Ils veulent encore jouer pour Penn State. Je crois que ces entraîneurs devraient les laisser tranquille, mais s’ils ne veulent pas les laisser en paix, ils devraient au moins me donner un coup de téléphone avant de les recruter. »

L’ancien coordonnateur à l’attaque des Patriots, qui a hérité en janvier du poste laissé vacant par le congédiement de Paterno, se prépare à toute éventualité mais il a passé les derniers jours à tenter de convaincre ses joueurs de ne pas quitter le navire malgré les sanctions et les tentations provenant des autres universités. « Certaines choses n’ont pas changé » a expliqué O’Brien aux collègues du réseau ESPN. « Je comprend qu’ils ne pourront pas participer à un match de Bowl au cours des quatre prochaines années. Je comprend qu’ils ne pourront pas compétitionner pour le titre national ou le championnat du Big Ten. Mais à la fin de la journée, combien d’universités sont capables de leur offrir une éducation d’aussi grande qualité tout en leur permettant de jouer devant 108 000 spectateurs? »

On l’a souvent oublié dans cette histoire mais Penn State ce n’est pas qu’une équipe de football. Tout ce scandale a d’ailleurs été causé par ce triste oubli, par cet aveuglement pour le vaniteux Joe Paterno et la grande histoire des Nittany Lions. Fondée en 1855, cette université publique a pour mission, depuis toujours, d’enseigner, de développer des programmes de recherche et de servir le public. Avec une vingtaine de campus à travers la Pennsylvanie et plus de 95 000 étudiants, c’est l’une des plus grosses universités aux États-Unis. Son association des anciens, la Penn State Alumni Association, compte près de 500 000 membres en règle. Une infime minorité provient du programme de football.

La NCAA espérait rappeler à tout le monde qu’il n’y a pas que le football dans la vie. Elle espérait que ses universités prennent conscience que des dirigeants aveuglés par leur notoriété, obnubilés par l’image de leur équipe et de l’institution, en sont venus à ignorer cruellement le sort d’innocentes victimes violées à répétition par un pédophile. Elle espérait forcer ses membres à revoir leurs priorités. Malheureusement elle a plutôt abandonné les joueurs de Penn State aux griffes des charognards.

Je ne sais pas pour vous mais cette histoire me dégoûte un peu plus à chaque jour.