Honte à Paterno! Honte à Penn State!


.Au départ j’étais prêt à croire que Joe Paterno n’était qu’un autre de ces entraîneurs de football trop absorbé par son sport pour faire le suivi des comportements pédophiles d’un adjoint de longue date, qu’il s’était contenté de refiler le dossier aux autorités compétentes pour ensuite s’en laver les mains et passer aux « choses sérieuses » soit préparer son équipe à gagner des matches. Ils sont souvent comme ça les coachs de football. Rien n’est important à l’extérieur du football. Les coachs de football, plus peut-être que dans tout autre sport, sont à peu près tous des obsessifs-compulsifs pour qui la réalité n’existe que sur le terrain ou dans les salles de vidéos.

La plupart des coachs de football qui sont dans la NCAA, la NFL ou la LCF, ne vivent que pour leur sport ou presque. La famille et les amis ce sont d’abord leurs adjoints et leurs joueurs. Tous les autres ne sont que des figurants.  J’en connais même un qui a déjà raté les funérailles de sa mère pour diriger une séance d’entraînement! Il en éprouve aujourd’hui des regrets et je le crois. Pourtant, le connaissant, je serais prêt à parier qu’il referait la même chose sans y penser. Ils sont tous un peu comme ça les coachs de football. Bref, c’est l’image que j’avais de cet irréductible vieillard increvable que fut jadis Joe Paterno.

Joe Paterno (Getty Images)


Au départ, je trouvais triste que le nom de Joe Paterno soit traîné dans la boue pour une affaire qui n’avait rien à voir avec lui sinon parce qu’il avait manqué de vigilance tant ses priorités étaient axées sur ses Nittany Lions. Il n’avait pas tant fermé les yeux, semblait-il alors, que raté une belle occasion de faire preuve de leadership et d’insister auprès de ses patrons pour qu’ils prennent les mesures appropriées pour que Jerry Sandusky fasse l’objet d’une enquête en bonne et due forme et qu’il reçoive le châtiment qu’il mérite si trouvé coupable des crimes qui lui étaient reprochés.

Il n’a pas seulement été silencieux. Un rapport accablant dévoilé hier nous démontre que Joe Paterno a lui-même été très actif pour imposer l’Omerta à Penn State et ce au moins depuis 1998. On ne parle pas d’un moment d’égarement ou d’aveuglement volontaire. On parle ici de complot.

Aujourd’hui je regrette qu’il soit mort avant d’avoir eu à être confronté à son hypocrisie, à ses quatorze ans de duperie et de complicité avec un pédophile. Aujourd’hui je regrette qu’il ne soit pas conscient que sa légende s’est évaporée en fumée à tout jamais parce que lui et les hauts dirigeants de Penn State ont protégé leur image au détriment de nombreuses victimes d’agressions sexuelles.   Des enfants de 10 ou 11 ans issus de milieux défavorisés que monsieur le professeur molestait dans les douches de Penn State. C’est ça le scandale qu’ont étouffé pendant quatorze ans Joe Paterno et les grands esprits dirigeants de Penn State qui se sont comportés avec autant de lâcheté et de couardise que ceux de l’Église Catholique qui a protégé des centaines et des centaines de prêtres ou de frères pédophiles partout dans le monde.

Honte à Joe Paterno! Honte à Penn State! Il y aura certes des poursuites civiles et il en coutera sans en douter des millions de dollars à l’université mais ce n’est pas assez.

Il faut d’abord déboulonner la statue de ce vieil idiot que fut Paterno, prêt à sacrifier l’intégrité physique et moral de plusieurs jeunes enfants, combien de victimes aura fait Sandusky au juste, on ne le saura peut-être jamais, pour le bien de la réputation de l’université et de son programme de football. Cette statue là doit être démolie au plus sacrant.  Quand on croit que notre équipe sportive, que notre institution est plus sacrée que les êtres humains c’est que l’on a un code de valeurs morales pour le moins atrophié! Le nom de Joe Paterno doit être désormais associé aux crimes dont il s’est rendu complice pendant près de quatorze ans et plus jamais à des exploits sportifs. Le nom de Joe Paterno ne mérite pas juste d’être trainé dans la boue mais bien dans la merde.

La NCAA doit aussi sévir. Parce qu’il n’y a certainement pas qu’à Penn State que l’on étouffe les scandales les plus horribles pour éviter de ternir l’image d’une institution. Les Nittany Lions doivent être mis à mort, rien de moins. L’équipe de football doit être radiée au moins pour un an sinon davantage. Quel être sain d’esprit serait encore capable d’encourager les Nittany Lions l’automne prochain? C’est au nom de cette lucrative vache à lait que les autorités de l’université ont fait fi de toutes les lois, de toutes valeurs éthiques ou morales. Il faut donc tuer la vache à lait pour que la leçon serve à quelque chose. Sinon, ce ne sera qu’un vulgaire spectacle dont tout le monde finira par se lasser. Il faut enterrer la statue de Paterno et son équipe de football.

 Il serait indécent de voir Penn State continuer de s’enrichir avec l’équipe de football qui a été à l’origine du scandale, par les actes d’un adjoint, et qui aura servie de couverture pour cacher la vérité pendant plus d’une décennie. Il serait indécent que Penn State rembourse les victimes, règle les poursuites judiciaires à l’amiable avec l’argent puisé des droits de télévision et de produits dérivés de ses Nittany Lions. Cela ne ferait que décupler toute l’hypocrisie de cette sombre affaire! Si le programme de football de Penn State était devenu plus gros, plus important que le bien-être de jeunes garçons, alors il doit périr.

Ce scandale doit au moins servir à lancer un avertissement à tous ceux qui sont prêts à tout pour le bien de leur équipe sportive, de leur université, de leur église ou de je ne sais quoi qui leur apparaîtrait tellement plus important que le sort d’innocentes victimes. Ce scandale doit servir de leçon.

Et si jamais je passe par-là, je me ferai un devoir d’aller cracher sur la tombe de Joe Paterno.