Euro - Analyse: Les Espagnols grands champions!

L’Espagne a sorti son costume des grands soirs pour remporter son deuxième Euro consécutif à l’issue d’une finale à sens unique dont elle a dominé tous les aspects.

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De plus en plus de monde faisait la fine bouche : oui, l’Espagne gagne, mais elle impose moins sa supériorité qu’on serait en droit de l’attendre. Lors de cette finale, elle a fait taire tous ses détracteurs et, sur le terrain, a bien mérité son surnom d’invincible armada.

Dès les premiers instants, on se rendait compte qu’elle était entrée à fond dans cette finale, en développant son jeu habituel avec une partition parfaite : les joueurs se trouvaient les yeux fermés, il n’y avait aucune erreur d’exécution.

Il ne lui a pas fallu longtemps pour asseoir sa domination. Et pourtant, les Italiens n’étaient pas des victimes consentantes. Même privés de ballon, ils jouaient haut, comme leur adversaire : il y avait parfois à peine 30 mètres entre les deux joueurs de champ les plus éloignés ! Les deux équipes voulaient prendre le dessus, la plus forte s’est rapidement imposée.

On vous montrera encore les combinaisons courtes entre Xavi, Iniesta, Fabregas et consorts. Mais c’est bien grâce à son comportement en perte de balle que le champion d’Europe a rapidement montré à son adversaire qui était le patron. Exerçant encore une fois une pression de tous les diables, les Espagnols ne voulaient pas être privés du ballon longtemps et le récupéraient régulièrement dans le camp de leur adversaire. L’Italie commençait déjà à être asphyxiée…

Jouant sans attaquant et avec un entrejeu surpeuplé, l’Espagne s’est spécialisée dans les changements de rythme soudains afin de lancer un de ses joueurs vers le gardien adverse. C’est encore de la sorte qu’elle a pris le dessus sur la défense italienne.

Lors du premier but, Fabregas, superbement servi par Iniesta, a été plus puissant que Chiellini. Mais lancé loin en profondeur et un peu décalé sur la droite, il a dû passer en retrait vers Silva, qui a retrouvé les sensations offensives qu’il avait lors du début du tournoi. Sur le second but, Xavi est la rampe de lancement, Jordi Alba l’homme qui file seul battre Buffon. Lors des deux derniers buts, le gardien italien s’est aussi retrouvé seul face à un Espagnol…

Du côté italien, on attendait beaucoup de Pirlo. A-t-il raté son match ? En réalité, il n’a pas eu du tout l’occasion de s’exprimer ! Les rares fois où les Italiens étaient en possession du ballon, il y avait toujours un joueur espagnol sur la trajectoire qui devait mener à Pirlo. Xavi était souvent l’homme en question : il a été décisif tant offensivement que défensivement !

Casillas a réussi quelques arrêts importants et a dû intervenir sur l’un ou l’autre coup de pied arrêté mais ça ne remettait absolument pas en doute la domination espagnole, d’autant que les Italiens, quand l’occasion leur était présentée de s’approcher du but adverse, ont trop souvent manqué de précision dans leurs gestes. Il ne faut pas non plus minimiser le travail du duo Piqué-Ramos qui a complètement mis sous l’éteignoir tant Cassano que Balotelli.

Au sommet de son art, l’Espagne a développé son jeu dans des espaces réduits tout en exploitant toute la largeur du terrain. L’Italie ne pouvait plus, comme au premier match, se contenter de boucher l’axe du jeu pour l’éloigner de son but. En outre, la Roja a réussi à jouer au rythme qui la rend insaisissable. Des passes courtes et un jeu rapide : les Italiens ne pouvaient plus faire comme en demi-finale où, le temps que le ballon se rende d’un Allemand à l’autre, ils arrivaient à deux sur le porteur du ballon.

Quant à l’aspect fraîcheur, il a aussi été largement à l’avantage de l’Espagne. Chiellini et Thiago Motta ont dû sortir sur blessures. Le dernier nommé a quitté l’arène à l’heure de jeu, alors que l’Italie avait déjà effectué ses trois changements. Elle a dû jouer la dernière demi-heure à dix, le temps de faire passer le score de 2-0 à 4-0. Sévère…

Mais lors de cette finale, l’Espagne a maîtrisé le temps, l’espace et le jeu, étalant sa supériorité grâce à sa capacité à développer un football d’une nouvelle dimension.