C-A Marchand: Les derniers JO télévisés au Canada?

Les Jeux de Londres ont débuté vendredi en grandes pompes et depuis, il est quasiment impossible de manquer quoi que ce soit de l’action.

Si NBC, au grand dam des Américains véritablement passionnés de sports olympiques, s’entête à présenter les principales compétitions en différé à heures de grande écoute, le consortium canadien est en ondes dès le début de la journée britannique à 4h du matin, heure du Québec, jusqu’à 19h. Avec des compétitions différentes présentées sur CTV, TSN, Sportsnet, RDS et V, j’ai l’impression que je suis dans la salle de presse même dans le confort de mon foyer. Mais vivons-nous la fin d’une époque? Assistons-nous aux derniers Jeux Olympiques télévisés au Canada? Ne riez pas, la question se pose.


Deux fois plutôt qu’une, le CIO a rejeté les offres du consortium Bell/Rogers auquel s’est greffé la SRC/CBC. L’incertitude quant à la participation des joueurs de la LNH aux Jeux de Sotchi a freiné les ardeurs de nos diffuseurs qui ne sont pas prêts à verser autant d’argent pour les droits des prochaines olympiades que le souhaite le CIO, qui n’est pas tenu de céder ses droits à un pays qui n’en a pas les moyens. Les Australiens l’ont déjà appris à leurs dépens quand aucun de leurs diffuseurs ne parvint à amasser un montant suffisant à satisfaire la cupidité du CIO.

Le hockey est la vache à lait des diffuseurs canadiens et pendant les olympiques, il n’a de véritable valeur commerciale que si les Crosby, Ovechkin, Subban et compagnie y sont. Mais il y a plus. Quelle sera la place de la télévision dans nos vies lorsque débuteront les Jeux d’Hiver de 2014? Et quelle sera la place de la télévision lorsque le grand cirque olympique se déplacera vers Rio de Janeiro en 2016? Déjà, ils sont de plus en plus nombreux à délaisser la télé conventionnelle au profit du streaming et de toutes les formes de web diffusion que ce soit par le biais de l’ordinateur, de la tablette ou du téléphone intelligent. Même les vieux bonzes du consortium l’ont compris et vous pouvez dès maintenant suivre les jeux où que vous soyez sur votre iPhone ou votre iPad. C’est toutefois encore bien loin d’être une source substantielle de revenus, même si tout indique que ce le sera dans un proche avenir.

C’est certainement pourquoi Yahoo! souhaite aussi devenir un joueur auprès du CIO dans la lutte pour les droits de diffusion. Le potentiel est énorme. Les coûts aussi. Le problème, c’est de convaincre les annonceurs qu’ils feraient mieux d’investir de fortes sommes en publicité sur les nouvelles plateformes au détriment de la télévision conventionnelle. C’est loin d’être une évidence. Les annonceurs sont habitués aux «cotes d’écoute» standardisées de la télévision et de la radio. Ils ne parviennent pas encore à se convaincre que le placement de produit sur les nouvelles plateformes est un investissement judicieux qui leur rapportera davantage. Certes qu’ils s’y mouillent mais timidement, avec des sommes d’argent fort modestes.

Tout le monde prédit que la révolution qui ébranle les médias traditionnels depuis quelques années est loin d’être terminée, que toutes nos habitudes (journaux, radio, télé) n’ont pas fini d’être complètement transformées au cours de la prochaine décennie. Je reviens donc à ma question initiale. Quelle sera la place de la télévision conventionnelle (ou par câble, c’est pareil) lors des prochains Jeux olympiques. NBC a-t-elle fait le coup du siècle en promettant 4 milliards de dollars au CIO pour les droits des quatre prochains Jeux d’hiver et d’été, dont on ignore encore l’emplacement de ceux de 2018 et 2020? Ou est-ce le consortium canadien qui a raison d’être prudent et plus chiche dans ses négociations pour le droit de présenter les Jeux de Sotchi et Rio?

Vous tous possédez déjà des éléments de réponse. Regardez-vous les Jeux à la télé? Vos enfants sont-ils scotchés à votre écran HD de 60 pouces ou sur le minuscule écran de leur iPhone? À moins que ce soit sur l’ordi ou la tablette? Le décalage horaire vous empêche-t-il de jouir pleinement des Jeux ou si vous êtes fort heureux des résumés en différés présentés en soirée par NBC?

Les questions demeurent plus nombreuses que les réponses. Les doutes plus nombreux que les certitudes et c’est pourquoi on ne sait toujours pas si les Jeux de Londres seront les derniers à être présentés par des diffuseurs canadiens.