Et si les Coyotes gagnaient la Coupe?




Je dois vous faire un aveu. J’ai toujours été fasciné par les maquettes, les modèles réduits de tous genres. Je me revois il y a quelques années totalement subjugué par l’immense maquette s’étendant sur des centaines de mètres qui représente à l’échelle le Port de Montréal. N’eût été du reportage que j’avais alors à réaliser, j’y serais resté toute la journée comme un gamin.

Je vous épargne les détails quant à mon village de Noël qui s’agrandit chaque année avec de nouvelles maisons et de nouveaux personnages. Ma blonde l’appelle ma « mégapole » de Noël et me suggère de la doter d’un aéroport tant qu’à y être. J’y songe.

Tout ça pour vous dire que j’ai été fasciné par la vidéo qui nous permettait hier après-midi de faire une visite virtuelle du nouvel amphithéâtre de Québec. Tout ça pour vous dire que, malgré mon scepticisme quant à la possibilité de voir la LNH revenir dans la vieille capitale à court ou moyen terme, pour la première fois le projet du maire Labeaume a suscité en moi un certain enthousiasme. J’ai même déjà hâte de le visiter, d’aller y voir un spectacle (vous croyez que Bruce Springsteen s’arrêterait à Québec? Si oui j’y serai) ou, qui sait un match de hockey.

À VOIR | Québec dévoile l'intérieur de l'amphithéâtre

Je doute toujours de la volonté de la LNH de retourner à Québec. Je doute toujours de la bonne volonté de Geoff Molson, des dirigeants de Molson-Coors ou de Bell dans ce dossier. Si le fabriquant des jus Oasis ne se gêne pas pour égorger les petits entrepreneurs, qui n’étaient même pas des compétiteurs, mais qui ont osé vendre du savon ou de la crème avec l’insertion du mot oasis dans leur produit, Bell n’hésitera certainement pas à sortir les armes nucléaires pour embêter un rival de la taille de Vidéotron, et vice-versa. Dans ce contexte, la construction d’un nouvel amphithéâtre à Québec me laissait donc jusqu’ici plutôt indifférent de la même manière que ça ne m’excite pas vraiment de savoir que le voisin se fait installer une piscine creusée ou se construit un magnifique cabanon. Tant mieux pour lui.

La visite virtuelle a toutefois momentanément dissipé mes doutes et si le produit final ressemble à ce que l’on nous a montré, je vous félicite, vous aurez là un bien bel amphithéâtre à Québec. La visite virtuelle m’a même fait un peu rêver au retour possible d’une saine rivalité entre le Canadien et les Nordiques, dissipant de ma mémoire les aspects plus désolants de celle-ci, tel le fameux «Vendredi Saint », où même les journalistes des deux villes avaient failli en venir aux coups sur la passerelle de presse du Forum. Tant qu’à rêver, aussi bien ne rêver que des moments agréables.

Le maire Labeaume m’a même fait sourire en évoquant le tant espéré retour du hockey « professionnel » à Québec, prenant grand soin de ne pas parler de la LNH et risquer ainsi d’irriter Gary Bettman qui, j’en suis certain, est le plus grand opposant au projet de résurrection des Nordiques. Vous avez vu son visage d’enterrement quand il a dû se résigner à annoncer le retour des Jets à Winnipeg? Je n’ai d’ailleurs pu m’empêcher de ricaner quand, à la fin de la visite virtuelle du nouveau Colisée de Québec, on voit un joueur « en bleu » soulever la Coupe Stanley. Ce serait le pire cauchemar pour Bettman. Remettre la Coupe Stanley à un joueur des Nordiques au terme d’une série entre Québec et Winnipeg! Juste pour voir ça, je pourrais me surprendre à souhaiter moi aussi le retour des Nordiques. Tant qu’à rêver, aussi bien rêver en 3D et en HD!

Cela dit, Gary Bettman caresse un tout autre rêve. Il se bat pour sauver les Coyotes, pour qu’ils demeurent dans la région de Phoenix, le sixième plus gros marché en terme de population et d’économie, des États-Unis derrière New York, Los Angeles, Chicago, Houston et Philadelphie.

Martin Hanzal et Mikkel Boedker (AP Photo/Ross D. Franklin)

Je regardais le match hier soir entre les Coyotes et les Blackhawks et je n’ai pu m’empêcher d’avoir une pensée pour les fans de hockey de Phoenix. L’ancien partisan des Expos avait le cœur brisé à chaque fois qu’un damné commentateur américain levait le nez sur Montréal, sur ses partisans qui ne connaissaient supposément rien au baseball et sur ce « petit marché » indigne des ligues majeures. Je me suis mis dans la peau des partisans des Coyotes et je suis certain qu’ils rêvent plus que jamais de voir leur équipe gagner la Coupe Stanley.

Ils étaient plus de 17 000 hier à encourager ces Coyotes que le reste de la planète semble déterminé à enterrer. Pendant qu’à Montréal les partisans du Canadien ont sombré dans la déprime, à Phoenix, les amateurs de hockey ont la fièvre du hockey. Imaginez s’ils éliminent les Blackhawks, ce qui est une sérieuse possibilité. Imaginez qu’ils soient l’équipe cendrillon des présentes séries éliminatoires...

Et si jamais, par un étrange alignement des astres, ils devaient réussir l’impossible. Si les Coyotes de Phoenix osaient gagner la Coupe Stanley, dites-moi, le défilé, on le fera où? Dans les rues de Glendale, ou sur la Grande-Allée?