C-A Marchand: Un automne sans hockey semble inévitable




Le commissaire de la LNH Gary Bettman (La Presse Canadienne/Chris Young) La LNH n’a jamais généré autant de revenus, intéressé autant de commanditaires majeurs et bénéficié d’un contrat de télévision «national» aussi important que celui consenti par le réseau NBC. Pourtant, fort d’un mandat clair des propriétaires d’équipes, le commissaire Gary Bettman s’apprête à mettre la clé dans la porte pour la troisième fois depuis 1994. Les deux partis sont loin d’une entente. Et contrairement aux derniers conflits, cette fois, les joueurs sont représentés par un négociateur de premier ordre en Donald Fehr. Cet homme-là a déjà été capable de mener un front uni de joueurs de baseball qui sont pourtant reconnus pour être parmi les athlètes les plus égoïstes et le moins capables de solidarité de toute la scène sportive nord-américaine. Si un homme est capable de garder les hockeyeurs unis face aux propriétaires c’est bien lui.

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Tout ça pour vous dire, sans ménagement, que tout indique que vous devrez faire votre deuil du hockey de la LNH au cours de l’automne qui s’amène. Vous pouvez pleurer, crier ou même manifester tous nus autour du Centre Bell, ça ne changera rien. Ni Geoff Molson, ni aucun des 29 autres propriétaires d’équipes n’ont cure de vos doléances. Ce sont des gens cupides qui croyaient avoir berné les joueurs il y a sept ans, mais qui n’avaient pas prévus que les concessions qu’ils ont jadis faites se sont avérées plus généreuses qu’ils ne le souhaitaient. Il est là le problème.

Après avoir gâché la saison 2004-2005, les propriétaires étaient convaincus d’en avoir passé une vite aux joueurs en leur imposant une diminution de salaires de l’ordre de 24% en plus d’un plafond salarial. Mais voilà, ces brillants hommes d’affaires n’avaient pas anticipé une explosion des revenus qui verrait le plafond salarial qu’ils désiraient tant passer de 39 à 70 millions de dollars. Ils n’avaient pas non plus anticipé que le dollar canadien serait un jour au pair, augmentant ainsi la marge de profits des équipes au pays de Stephen Harper. Ils ne croyaient jamais devoir un jour partager ces revenus à hauteur de 57% avec les joueurs. Ils veulent cette part du gâteau et convaincre les joueurs de se contenter de 43%.

Le bras de fer entre les milliardaires que sont les propriétaires d’équipes et les millionnaires du hockey s’annonce long et impitoyable. Vous vous demandez, comme bien d’autres, pourquoi les propriétaires auront ces derniers mois donné autant de contrats d’une durée de 10, 12 ou 15 ans, avec des montants dépassant les 100 millions alors qu’aujourd’hui, ils envoient Gary Bettman réclamer des coupures salariales d’environ 20% et des contrats d’une durée maximale de cinq ans? Bah, n’est-ce pas comme les parieurs compulsifs qui demandent au Casino de les interdire de séjour? Les propriétaires d’équipes ne sont jamais à une contradiction près.

Le lock-out me semble inévitable et je serais l’homme le plus surpris du monde si une entente était conclue avant la fin de l’année. Les propriétaires peuvent se permettre d’être patients. D’abord, aucun n’a fait sa fortune avec une équipe de hockey. Ça demeure un jouet. Certes un jouet payant, mais un jouet quand même. C’est plate pour le partisan, mais c’est la triste réalité. Les amateurs de hockey n’ont aucun poids dans les présentes négociations et seront les derniers dont on se préoccupera. De toutes façons, comme ce fut le cas en 2005, vous reviendrez encore plus nombreux après l’arrêt de travail, fusse-t-il de six mois ou un an. Les propriétaires le savent. Les joueurs le savent aussi. Vos larmes les consolent.

Un automne sans hockey semble inévitable parce que de toute façon, au sud de la frontière, là où ça compte vraiment pour Gary Bettman, d’octobre à décembre, la NFL et la NCAA prennent toute la place ou presque. Il y a aussi la Série Mondiale de baseball en octobre. Bref, presque personne aux États-Unis ne remarquera l’absence de hockey avant la Classique Hivernale du 1er janvier. Pour les Américains, c’est à cette date-là que débute la saison. Si un accord doit être conclu, ce sera avant ce match-là qui doit opposer à Détroit les Maple Leafs et les Red Wings. Si aucun accord n’est prévu à cette date-là, alors vous pourrez mettre une croix sur toute la saison 2012-2013.

En bout de ligne, les joueurs seront les vrais perdants du conflit. Une année perdue signifiera pour le joueur moyen un manque à gagner d’environ deux millions et demi de dollars. Quand milliardaires et millionnaires se chamaillent, ce sont toujours les plus fortunés qui gagnent.

Les partisans? Bah, ils pourront toujours simuler la saison 2012-2013 sur un jeu vidéo. Qui sait, ils réussiront peut-être même à mener le Canadien ou les Maple Leafs à une conquête de la Coupe Stanley? Le hockey virtuel demeure le seul que l’amateur peut espérer contrôler. Après tout, it’s in the game!