C-A Marchand: Les partisans du Canadien méritent mieux!



Geoff Molson, solidaire avec les vingt-neuf autres vautours que sont les propriétaires d’équipes de la LNH, s’est livré à un bel exercice de relations publiques dans le cadre du tournoi de golf annuel du Canadien de Montréal, organisé, faut-il le préciser, à des fins caritatives. C’était, à ma connaissance, la première fois qu’il se ralliait aussi fermement à la cause défendue par Gary Bettman. Il a beau prétendre sympathiser avec les partisans, ce ne sont que paroles creuses. La vérité, c’est que lui et la douzaine de propriétaires d’équipes riches et profitables en ont marre de payer pour les équipes déficitaires comme Phoenix ou Nashville. Ils souhaitent plutôt refiler la note aux joueurs.

Geoff Molson (Getty Images)

Or, si le hockey génère de si importants revenus depuis la signature de la dernière convention collective, c’est justement parce qu’il rayonne aux quatre coins de l’Amérique. C’est parce que la LNH est dans des marchés comme Phoenix, Nashville ou Dallas que le réseau NBC s’y intéresse. Même chose pour les grands partenaires corporatifs comme Coors. C’est aussi pour ça que Gary Bettman avait si peu envie de sortir une équipe d’une grosse ville du sud des États-Unis pour la déménager à Winnipeg. C’est pourquoi il fera tout pour que les Coyotes restent dans le désert de Phoenix, l’une des plus importantes agglomérations métropolitaines des États-Unis et ne quittent pas pour Québec.

Si les propriétaires ont gain de cause, l’avenir du hockey sera probablement assuré à moyen terme dans les marchés qui présentement sont les plus vulnérables et susceptibles d’être déracinés. C’est l’un des objectifs principaux de Gary Bettman, ne vous leurrez pas à ce sujet. En revanche, si les joueurs ont gain de cause, le plafond et surtout le plancher salarial demeureront trop élevés pour les petits marchés actuels et potentiels, incluant Québec. Que les gens du village se consolent, il leur restera toujours au moins une belle pelle bleue en souvenir.

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Pendant ce temps, Geoff Molson s’est à nouveau réjouit de pouvoir compter sur les « meilleurs partisans » du monde. Il a raison de reconnaître que les fans du Canadiens sont d’une fidélité plutôt étonnante. Ce lock-out devrait peut-être lui permettre de réfléchir sur cette question, surtout à la lumière de la récente étude menée par nos collègues du magazine ESPN selon laquelle le Canadien se classait 111e sur 125 concessions professionnelles en Amérique du Nord (NFL, MLB, NBA et NHL). Oui, le Canadien est présentement l’une des « pires » concessions pour ses partisans qui s’en rendent compte, malgré leur fidélité. Car cette étude approfondie a sondé les âmes de partisans de chaque équipe et de chaque ligue (56 000 au total).

Qu’est-ce qu’une « bonne » concession? C’est pourtant simple : une équipe gagnante, des billets abordables, un amphithéâtre ou un stade convivial, des joueurs et des dirigeants sympathiques, rien de ce qu’offre l’organisation du Canadien. Les partisans du Canadiens, du moins la minorité qui a encore les moyens de fréquenter le Centre Bell régulièrement, sont rebutés dès leur arrivée dans l’un des stationnements ceinturant le Temple du Canadien. Des préposés à la mine patibulaire sortis tout droit d’un mauvais film de bandits vous arrachent une trentaine de dollars pour ensuite vous envoyer garer votre voiture le plus loin possible et dans l’espace le plus réduit possible. L’ambiance y est si glauque qu’on a toujours l’impression de voir sa voiture pour la dernière fois.

Après avoir marché une dizaine, sinon une quinzaine de minutes, de votre voiture au Centre Bell, généralement dans une neige mouillée de calcium qui ruinera assurément votre bas de pantalon, il est normal d’avoir une petite fringale. Avant de regagner votre siège, dont le coût excédait votre paiement de voiture, vous crachez à nouveau une quarantaine de dollars pour quelques hot-dogs et deux bières en fût. Mais bon, vous restez de bonne humeur. Après une journée stressante au bureau, vous allez assister à un bon match de hockey. C’est alors que le tintamarre commence : des commerciaux défilent sur le tableau indicateur et le son dépasse en décibels ce que crachent les haut-parleurs d’AC/DC ou Metallica.

Ajoutez à cela une équipe soporifique depuis quelques années, des joueurs  qui n’ont jamais été aussi distant de leurs partisans, des entraîneurs à qui le service des relations publiques du Canadien, dont la paranoïa est devenue incontrôlable,  ont enseigné à en dire le moins possible et sur le ton le plus ennuyant possible. Depuis des années, le Canadien est une équipe perdante, morne, et sans âme. Pour faire oublier le prix exorbitant d’une soirée passée au Centre Bell à applaudir des joueurs qui se trainent les patins, les gens de marketing s’assurent que le son soit assourdissant. On créé l’ambiance de toute pièce et, de toute évidence, l’illusion en confond plusieurs. Mais pas tous. Sinon le Canadien ne serait pas classé si bas dans la grande étude sur les équipes de sport professionnel en Amérique. Tant qu’à priver les amateurs de leur sport préféré pendant quelques mois, certains propriétaires d’équipes, dont Geoff Molson, devraient en profiter pour faire un petit examen de conscience.

C’est vrai que le Canadien a les meilleurs partisans au monde, mais il est encore plus vrai d’affirmer que les meilleurs partisans du monde méritent mieux, beaucoup mieux.