Scandale à Penn State: la NCAA se devait de sévir!


La famille de Joe Paterno peut se scandaliser tant qu’elle le voudra, c’est aussi émouvant à mes yeux que d’entendre le pleurnichage des familles d’un parrain de la mafia ou d’un chef de guerre des Hells Angels après son arrestation ou sa condamnation. De toute façon le nom de Paterno va très bien à côté de noms comme Rizzuto ou Boucher.

Joe Paterno photographié en 2004 (AP/Carolyn Kaster)
La comparaison en choquera peut-être certains mais c’est voulu. Joe Paterno s’est comporté comme un vulgaire criminel d’abord en participant à un complot visant à étouffer le scandale Sandusky, puis en exigeant une compensation mirobolante pour sa démission au moment où il était clair que les agressions sexuelles commises par son ancien adjoint seraient bientôt étalée au grand jour. À ce moment-là Paterno a agi comme un vulgaire maître-chanteur, a monnayé son silence auprès des autorités de Penn State. C’était carrément de l’extorsion.

Sa statue a été déboulonnée. Tant mieux. Il faudrait maintenant la démolir. Le nom de sa famille orne toujours la bibliothèque de Penn State et ça c’est indécent. Mais en voulant protéger son image au détriment des enfants agressés par Jerry Sandusky, Penn State n’a pas fini de payer pour sa propre indécence et ça aussi c’est tant mieux.

Les sanctions imposées ce matin par la NCAA étaient inévitables et elles feront très mal. L’amende de $60 millions équivaut aux profits annuels de Penn State qui, jusqu’à cette année, possédait, selon le magazine Forbes, le troisième programme universitaire le plus lucratif aux États-Unis derrière les Longhorns du Texas et les Fighting Irish de Notre-Dame. Avec la perte d’une demi-douzaine de commanditaires dont les peintures Sherwin-Williams depuis le début du scandale et maintenant les sanctions de la NCAA, les Nittany Lions perdront considérablement de leur valeur au cours des prochaines années. Ça aussi c’est tant mieux.

Pepsi et Nike n’ont toujours pas retiré leur commandite mais ces deux compagnies doivent y songer sérieusement.

Sauf qu’il n’y a pas que les commanditaires qui auront envie de bouder l’institution qui est celle qui compte le plus grand nombre d’anciens étudiants aux États-Unis. Ils sont 500 000 et en grande majorité ils sont parmi les plus fortunés de la société. Comme le font un grand nombre de gradués des universités anglo-saxonnes d’Amérique (ceux qui ont fréquenté les universités francophones sont malheureusement beaucoup plus pingres), ils donnent généreusement à leur alma mater.

Patrick Rishe, un collaborateur de Forbes et professeur d’économie à l’Université Webster, évalue que Penn State perdra à long terme de 20 à 30 millions de dollars par année à cause du scandale Sandusky. Juste avec les dons qui seront perdus en provenance des gradués de l’université dégoûtés par cette histoire et en billets invendus pour les matches des Nittany Lions, le manque à gagner sera de 5 à 10 millions de dollars. Et nous n’avons pas encore comptabilisé les coûts engendrés par les inévitables poursuites judiciaires qui ont été intentées et qui seront intentées par les familles des victimes de Sandusky.

La NCAA a aussi pris une mesure fort intelligente en permettant aux joueurs des Nittany Lions de quitter le navire tout en pouvant jouer pour une autre université dès cet automne. Les universités qui ont déjà octroyé le maximum autorisé de vingt-cinq bourses par année devraient obtenir une permission spéciale si un joueur de Penn State venait cogner à la porte. Bravo. Comme ça on ne pénalise pas les joueurs mais seulement l’institution. J’applaudis tout autant la décision de priver Penn State des revenus de Bowls du Big Ten pour les quatre prochaines années et de verser ce montant évalué à 13 millions de dollars à des organismes de charité consacrés à la protection des enfants.

La NCAA a agi avec célérité et avec une sévérité exemplaire pour punir le plus gros scandale qui ait jamais touché le programme sportif d’une institution universitaire aux États-Unis. C’est pour ça que l’organisme a agi sans audience de son comité sur les infractions, basant ses sanctions exclusivement sur le rapport Freeh, du nom de l’ancien directeur du FBI qui a mené une enquête indépendante sur les agissements de la direction de Penn State visant à étouffer le scandale Sandusky. C’est la première fois que la NCAA punit une université à la suite d’une infraction criminelle. Mais dans le présent dossier, ça s’imposait.

On effacera le nom de Joe Paterno des livres d’histoire. On oubliera un jour ce vieil idiot davantage préoccupé par ses intérêts personnels, par son égo surdimensionné que par le bien-être de la dizaine d’enfants que sodomisait un de ses adjoints dans les douches du complexe sportif de Penn State. Mais son crime, et celui des dirigeants de l’université, aura été puni comme il se devait de l’être.
Les Nittany Lions n’ont pas été mis à mort mais ils seront à l’agonie pour plusieurs années. Je ne pleurerai pas sur leur tombe, encore moins sur celle de Paterno.

Le message lancé est clair et sans équivoque. Le prestige d’une institution ne doit jamais passer avant les victimes d’actes criminels commis par l’un de ses membres ou employés. L’Église Catholique n’a jamais compris ce message. J’espère que les universités de la NCAA feront désormais preuves de plus de jugement à cet égard.