LNH - Lightning - Tampa, prochaine pépinière de gardiens?

D'un taudis dans un quartier mal famé à un loft sur le toit d'un immeuble du centre-ville. D'un Buick Skyhawk 1986 tout rouillé à une Audi flambant neuve.

Un texte de Guillaume Lefrançois

Peu importe la métaphore, c'est un peu ce que vivront Frantz Jean et le Lightning de Tampa Bay devant le filet au cours des prochains mois.

En tant qu'entraîneur des gardiens du Lightning, Jean passe donc de Dwayne Roloson, un gardien de 42 ans lourd de 77 kg (170 lb), à Anders Lindback.

Acquis des Predators de Nashville en juin, Lindback est vu comme un des prochains gardiens capables de passer au statut de numéro 1 dans la Ligue nationale. Et à 1,98 m (6 pi 6 po) et 96 kg (212 lb), Jean pourra travailler avec un athlète imposant.

« Disons que le relief de nos gardiens a changé depuis quelques semaines », lance le sympathique Jean au téléphone.

À Tampa, on chuchotait que Roloson n'avait plus l'ardeur au travail nécessaire à un gardien quadragénaire qui en découd avec de jeunes gazelles de 25 ans. Avec Lindback, la motivation ne sera visiblement pas un problème. Le Suédois, rappelons-le, était coincé derrière un certain Pekka Rinne avant la transaction.

Ses perspectives d'avenir sont soudainement meilleures, même si le Lightning souhaite l'intégrer tranquillement. Ce n'est pas en 2012-2013 qu'il amorcera 65 matchs, surtout que Mathieu Garon peut disputer sa part de rencontres.

« Anders est très enthousiaste, assure Jean. La chose la plus dure pour un athlète, c'est de jouer de temps en temps, toutes les trois semaines. On parle de synchronisme, de feeling de la game, de la lecture du jeu. Et en plus, c'est toujours toi qui fais des minutes supplémentaires sur la patinoire. Anders voyait bien qu'il n'allait pas avoir de chance à court terme à Nashville. Ici, c'est comme ouvrir la cage d'un lion et le laisser partir dans la jungle. »

Pour Jean, comme pour tout entraîneur des gardiens, travailler avec un géant représente une aventure intrigante. Il s'est d'ailleurs déjà attelé à la tâche et a visionné tous les matchs que son nouveau protégé a disputés depuis deux ans.

« Un grand gardien a moins besoin d'être précis dans ce qu'il fait, explique Jean, un ancien coéquipier de Martin Brodeur avec le Laser de Saint-Hyacinthe. Quand tu es petit, ton exécution doit être parfaite. Si tu es gros, tu t'en tires avec une exécution moins bonne, car les rondelles te frappent davantage. C'est plus facile, dans un sens. Donc, si un gardien de gros gabarit devient constant et précis dans son exécution, les possibilités sont immenses. »

Et Lindback aura la chance de travailler derrière un groupe de défenseurs métamorphosé par l'arrivée de Matt Carle et de Sami Salo.

Et Vasilevski qui s'en vient

L'avenir du Lightning devant le filet ne passe pas seulement par Lindback. Plusieurs observateurs ont sursauté quand la formation floridienne a annoncé la sélection du Russe Andrei Vasilevski au 19e rang, avec ce qui était le deuxième choix de premier tour du Lightning.

Vasilevski et Malcolm Subban étaient considérés comme les deux meilleurs gardiens de la cuvée 2012 des espoirs.

Jean a côtoyé Vasilevski toute la semaine, à l'occasion du camp de développement du Lightning. Il est impressionné par ce qu'il a vu.

« Il a des habiletés exceptionnelles pour un joueur de son âge, parmi les meilleures que j'ai vues pour un gars de son âge, affirme Jean sans hésiter. S'il continue à ce rythme, ce sera intéressant. Il faudra l'insérer dans une situation qui sera bonne pour sa carrière. Il est à une couple d'années de la Ligue nationale. Ça lui prendra une année junior. Il ne faut pas le précipiter, c'est un joyau.

« Dustin Tokarski a eu une très bonne saison aussi (à Norfolk, dans la Ligue américaine). On a du trafic dans le système, ça nous permet de prendre notre temps. Si Vasilevski prend quatre ans à atteindre la LNH, ça lui prendra quatre ans. »

Depuis le départ de Nikolai Khabibulin après la conquête de la Coupe Stanley en 2004, les gardiens représentent le maillon faible du Lightning. Rien n'est encore réglé, mais les pistes de solution sont de plus en plus nombreuses.