LNH - Canadien - Bozon et la route de l'Ouest

BROSSARD - Jamais facile pour un jeune de 17 ans de quitter son pays - voire son continent - pour s'approcher de son rêve. Ajoutez-y la barrière linguistique et vous avez tout un défi pour un adolescent.

Un texte de Guillaume Lefrançois

Le hasard fait parfois bien les choses. La Ligue junior de l'Ouest (WHL) ne regorge pas de francophones, mais il s'adonne que l'équipe qui a déniché Tim Bozon en Suisse, les Blazers de Kamloops, est dirigée par un certain Guy Charron.

« Quand je veux être sûr qu'il me comprenne, je lui parle en français, raconte Charron à Radio-Canada Sports. Ça fait rire les autres joueurs, ils ne comprennent rien, mais ils se doutent que c'est pour apporter une correction! »

Charron a visiblement apporté les bons correctifs dans le jeu de Bozon, puisque le Canadien a sélectionné le fils de l'ancien joueur français Philippe Bozon au troisième tour du dernier repêchage (64e au total).

« Guy est un des meilleurs entraîneurs que j'ai eus. Lui et son assistant Dave Hunchak sont très bons, a lancé Bozon, un des 14 joueurs invités par le Canadien à la deuxième partie de son camp de développement. Il a de l'expérience, il sait qu'on est jeunes et qu'on doit avoir de la liberté. »

« Il sait que j'ai le talent offensif, mais il m'a dit : "Calme-toi, on sait que tu as les habiletés, mais pour être un bon joueur de hockey, il faut travailler défensivement." »

C'est justement d'inculquer à Bozon cette conscience défensive qui a été le plus grand défi de Charron sur la patinoire.

« [À son arrivée], il pensait à établir toutes sortes de choses au niveau offensif, a raconté Charron, ancien adjoint de Jacques Martin avec les Panthers de la Floride. Mais ma mentalité est que les succès personnels ne donnent pas du succès d'équipe. Pour en avoir, il faut jouer défensivement et payer le prix. Et il le fait. Souvent, les joueurs sont bons défensivement, mais pensent seulement aux points pour être repêchés plus haut. »

Avec 71 points, dont 36 buts, en 71 matchs, Bozon a été capable de conserver ce juste milieu. Et les résultats ont été tout aussi probants pour ses compagnons de trio Colin Smith (repêché au septième tour par l'Avalanche samedi) et J.C. Lipon (invité au prochain camp de l'Avalanche).

Les Blazers ont conclu la saison avec une fiche de 47-20-5, bonne pour le 2e rang de l'Association de l'Ouest. L'équipe a été éliminée en sept matchs au deuxième tour des séries par les Winterhawks de Portland.

Choc culturel

Au-delà de l'adaptation sur la patinoire, il y a aussi le choc culturel à assimiler. Un choc que Bozon banalise.

« Quand tu arrives de nulle part, que ton anglais n'est pas parfait, c'est bien d'avoir quelqu'un comme Guy qui t'aide à avoir les bons mots. Mais l'adaptation a été facile, tout était bien dès le début. »

Charron, lui, en a dit un peu plus long sur le défi des joueurs européens fraîchement débarqués dans le circuit junior canadien.

« Ce n'est jamais facile pour un jeune Européen de traverser ici. Ce sont des joueurs qui ont l'ambition de jouer au meilleur niveau. C'est un défi pour les autres, qui savent qu'il est d'une autre nationalité, qui le voient prendre l'emploi d'un Canadien. Ils acceptent son talent, mais pas toujours sa mentalité. »

Un an plus tard, Bozon a surmonté ces obstacles, à un tel point qu'il respire la confiance. Quelques minutes après avoir été repêché, il confiait qu'il croyait être appelé plus tôt dans la séance...

« Sa confiance est une de ses qualités, croit Charron. C'est ce qui fait qu'il n'est pas intimidé. Dans sa tête, il veut devenir un joueur de hockey et il fera les choses nécessaires pour y arriver. Je ne suis pas inquiet pour lui, il va trouver le moyen de jouer dans la Ligue nationale. »