GP du Canada : Drapeau rouge ou carré rouge?



En laissant le conflit étudiant s’enliser, en laissant la situation pourrir, le gouvernement Charest aura finalement mis en péril l’été des festivals à Montréal. Loin de la métropole, enfermés dans leur citadelle à l’autre bout de la vingt, aveuglés par les reflets du soleil sur le Cap Diamant, plusieurs élus ne comprennent pas que c’est le cœur de la province qui faiblit, dont les artères sont bloquées et dans un état critique.

Tout ça pour une pourtant bien modeste hausse des frais de scolarité, mais que l’on a tenté d’enfoncer sauvagement dans la gorge des étudiants avec un mépris clairement annoncé. Résultat, aujourd’hui ce conflit a largement dépassé le cadre du coût des études universitaires pour englober l’écoeurantite aigüe de la population qui en a marre de payer trop d’impôts, d’être engluée dans d’interminables bouchons de circulation, d’attendre des journées complètes dans les urgences d’hôpitaux vétustes, de la corruption des élus et parfois même, des forces de l’ordre et j’en passe.

Aujourd’hui, on manifeste contre la loi 78 qui sera déclarée inconstitutionnelle après son expiration. Aujourd’hui, on manifeste pour un « monde meilleur », peu importe ce que cela signifie. Aujourd’hui, on manifeste pour tout et pour rien. À vos casseroles, partez!

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Même Anonymous, ce Robin des Bois des temps modernes, idole de la plupart des jeunes du monde entier parce qu’il fait frémir les institutions et les gouvernements, s’intéresse maintenant à nous. Voilà qu’il menace à son tour de faire dérailler le Grand Prix du Canada en piratant son site web même si je n’ai pas vraiment compris pourquoi il a ciblé cet événement.

Le problème, c’est que pendant que le Québec vit sa crise étudiante, la visite se dit qu’elle devrait peut-être mieux aller passer ses vacances ailleurs. Que de gentillesse de la part de nos touristes qui sont de plus en plus nombreux à nous dire qu’ils vont nous laisser nous chicaner en paix! Ils reviendront peut-être plus tard.

En temps normal, on se préparerait à l’événement qui annonce le début de la folie estivale montréalaise. En temps normal, on se préparerait tous à aller admirer les rutilantes Ferrari sur la rue Peel en sirotant une coupe de Champagne chez Ferreira ou Chez Alexandre. En temps normal, on irait danser sur la rue Crescent, un verre de bière à la main. En temps normal, tous mes amis m’auraient déjà donné un coup de fil pour prendre de mes nouvelles, comme ça à l’improviste, et me demander subtilement d’essayer de leur trouver une paire de billets pour le Grand Prix puisqu’en temps normal, l’événement serait déjà à guichets fermés. Mais nous ne vivons pas en des temps normaux.

François Dumontier (Radio-Canada)


François Dumontier, le promoteur de l’événement, l’a reconnu ce matin au micro de Paul Arcand. « Ils (les manifestants) veulent perturber le Grand Prix opérationnellement, mais c’est déjà fait. On le voit depuis environ un mois. La vente des billets stagne carrément. D’habitude, les quatre à cinq dernières semaines avant le Grand Prix, ce qui correspond avec le retour de la Formule 1 en Europe au début de la saison, sont généralement très bonnes pour nous. Mais là, on le voit. Je dirais même que c’est drastique comme conséquence : on parle de milliers de billets qui n’ont pas encore trouvé preneurs. »

« Je peux vous dire que ça va faire mal. Pour la première fois depuis des années, on va avoir des billets à vendre. On ne sera pas à guichet fermé. »

Le centre-ville de Montréal est un lieu de rassemblement pendant l’été. On ferme les rues pour s’y amuser tantôt pour célébrer la F1, tantôt pour se dilater la rate avec Juste pour Rire, tantôt pour se laisser envoûter par des airs de Jazz ou pour accueillir les vedettes du 7e art. Mais on risque d’être moins nombreux cette année. Et le malaise qui précède la fête de la F1 annonce peut-être le genre d’été qui nous attend dans la métropole.

« Des gens de Montréal, de la banlieue et même d’ailleurs en province ont déjà commencé à manifester leur inquiétude. Certains nous ont même demandé de pouvoir annuler leur achat de billets pour le Grand Prix. Là, ce que l’on voit, c’est des gens qui nous étaient fidèles et qui n’achètent pas leurs billets. On a tenté de comprendre pourquoi en appelant certains de ces clients réguliers. Neuf fois sur dix, on nous a répondu qu’ils passaient leur tour parce qu’ils n’avaient pas envie de se retrouver au centre-ville de Montréal, notamment à cause des images des manifestations qui sont véhiculées par les médias, à cause des feux dans les rues et tout ça », d’expliquer François Dumontier.

Des images qui circulent à travers l’Amérique et un peu partout dans le monde. Des images qui font aussi fuir ceux qui ne vivent pas dans la Belle Province. « Là, c’est rendu que ça rebute les touristes de l’Ontario et du nord-est des États-Unis. Il faut savoir qu’en 2011, près de 50 % de notre clientèle provenait de l’extérieur du Québec. Et de ce nombre-là, seulement 4 % provenait du reste du Canada. C’est donc une proportion importante de notre clientèle qui provient des États-Unis et d’Europe. »

Malgré tout, on attend encore près de 300 000 personnes pour le week-end du Grand Prix. On sera moins nombreux que d’habitude, mais la plupart des vrais mordus de Formule 1 seront au rendez-vous, d’autant que la saison 2012 est déjà fort excitante avec six gagnants différents en autant de courses. Mais la fête sera probablement moins visible à l’extérieur du circuit. Moi-même, qui profite de l’événement pour redécouvrir, avec ma douce, l’une ou l’autre des meilleures tables du centre-ville de Montréal, je n’ai réservé nulle part cette année. On ira plutôt dans un de ces petits restaurants sympathiques situés sur le bord de l’eau dans l’ouest de l’île. Ce sera moins « jet-set », mais assurément plus tranquille.

Le fiancé de ma fille débarque de Cincinnati pour vivre son premier Grand Prix de Formule 1. Il est tout excité. Depuis le temps qu’il en rêve. C’est la première fois qu’il vient à Montréal en été, la première fois qu’il verra la ville sans son manteau de neige. En temps normal, je lui aurais dit d’aller sur Crescent, sur Peel, sur Saint-Laurent et dans la Petite Italie. Là, je ne sais plus. De toute façon, les festivités parallèles auront-elles même lieu?

Même François Dumontier s’est posé la question ce matin. « La rue Crescent, c’est quand même une rue populaire pendant le Grand Prix. Ce sera donc difficile d’en contrôler l’accès. Pour avoir parlé à certains de ces organisateurs-là, je peux vous dire qu’ils ont une inquiétude qui est bien plus grande que la mienne. »

Il a même évoqué une possible annulation de tous ces événements qui contribuent à faire grimper la fièvre de la F1 au début de chaque été. « Je ne suis pas dans le secret des dieux, mais si j’étais à leur place c’est certain que ce serait un sujet sur ma liste. Ce ne serait pas impossible. »

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Le Grand Prix du Canada c’est, depuis 1978, mon Noël à moi. J’en ai été privé à deux reprises lorsque l’événement fut annulé. J’ai encore le cœur à la fête cette année. J’espère juste que personne ne viendra la gâcher pour les mauvaises raisons.

Anonymous dans le paysage québécois :