C-A Marchand : Étienne Boulay exclu du plan des Alouettes!



Étienne Boulay a rongé son frein pendant la majeure partie de la dernière saison ruinée par deux commotions cérébrales successives. À la fin de l’été, il était au bord de la dépression malgré toute la joie qu’il éprouvait à la suite de la naissance de son fils. Il mourait d’envie de retourner sur un terrain de football. Dès qu’il a reçu le feu vert des médecins, Boulay s’est remis à l’entraînement comme jamais, redoublant d’ardeur pour se présenter au camp d’entraînement dans la meilleure condition physique de sa carrière. Dès les premiers jours du mini-camp à Orlando, le regard pétillant comme une recrue, il s’enflammait à l’idée d’avoir la chance de poursuivre sa carrière avec les Alouettes et peut-être gagner une troisième Coupe Grey.

Malheureusement pour lui, il ne cadrait pas dans les plans du nouveau coordonnateur défensif Jeff Reinebold. Et, de toute évidence, la décision de le libérer après le premier match pré-saison fut longuement murie. Quand le département de promotion des Alouettes a préparé ses campagnes publicitaires et marketing pour 2012, il avait probablement été invité à ne pas trop jouer autour de l’image de Boulay. Non pas que l’on était alors certain qu’il ne serait pas de la formation, mais plutôt qu’il n’était pas du groupe sélect de ceux assurés d’un poste comme les Calvillo, Richardson, Bourke et compagnie.

Boulay a déjà reçu des offres d'autres équipes ainsi que plusieurs témoignages de partisans qui l'aident à encaisser …


On oublie souvent que le sport est plus qu’un divertissement : c’est une business. Boulay n’était plus indispensable et soudainement il coûtait probablement trop cher aux yeux de Jim Popp si Jeff Reinebold entendait le garder comme substitut derrière Kyries Hebert. Certes qu’il était le joueur francophone le plus connu et le plus populaire, mais il faut admirer la franchise de directeur général : « Étienne n’a pas joué avec nous pendant six ans parce qu’il était populaire, mais parce qu’il était le meilleur disponible à sa position. » Autant ça me chagrine personnellement de voir Étienne quitter le nid, autant je préfère et de loin le voir briller dans une autre équipe plutôt que de rester à Montréal pour n’être qu’un « Francophone » de service, un simple porte-parole et un bête agent promotionnel. Il aurait été tellement malheureux dans de telles circonstances.

Le football est un sport cruel. Les contrats ne sont pas garantis et il y a plus de mille universités aux États-Unis qui produisent annuellement d’excellents joueurs dont seulement une infime minorité trouvera un emploi au sein de l’une de quarante équipes professionnelles des deux côtés de la frontière. Les règles particulières du football canadien obligent les équipes à compter au moins sept joueurs canadiens parmi les vingt-quatre partants et c’est tant mieux. Mais s’il fut une époque où le talent canadien était rare et que plusieurs devaient leur poste à leur nationalité, il n’en est plus ainsi. Nos universités aussi produisent leur lot de joueurs talentueux et la compétition n’en est que plus féroce. Les postes n’en sont que plus fragiles.

Le football est un sport cruel, mais qui permet à un homme de football aussi talentueux que Jim Popp de renouveler son équipe chaque année sans devoir s’imposer une pénible période de reconstruction. Ce n’est pas différent cette année même si les changements sont plus apparents.

Les Alouettes auront une défensive plus agressive, plus rapide, et même beaucoup plus complexe s’il n’en tient à Reinebold. Il choisit son personnel de joueur en conséquence. Boulay ne figurait pas dans ses plans. Diamond Ferri non plus. La semaine dernière, Ferri semblait avoir des doutes sur le système de son nouveau coach. « Si ça fonctionne, ce sera formidable. Sinon ce sera plutôt le contraire ». Ferri n’est plus là. Lui aussi doit se trouver un nouvel emploi.

Seul l’avenir nous dira si la métamorphose de la défensive montréalaise sera couronnée de succès. Jeff Reinebold, comme tous les entraîneurs, sait que de toute façon il sera récompensé pour sa vision en cas de succès et ultimement congédié en cas d’échec. C’est cruel le football pour les joueurs, mais aussi pour les entraîneurs.