Élections Québec 2012 - La CAQ attaque la commission Charbonneau

Après avoir fait de l'intégrité et de la lutte contre la corruption son principal thème de campagne, la Coalition avenir Québec (CAQ) s'en prend à la commission Charbonneau, qui enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction.

C'est Jacques Duchesneau, l'ancien directeur de l'Unité anticollusion à l'origine du déclenchement de l'enquête publique, qui a lancé les hostilités en critiquant la commission. Son chef, François Legault, en a rajouté, mettant en doute l'intégrité du procureur en chef, Me Sylvain Lussier.

Dans une entrevue publiée mardi matin dans le Journal de Québec, le candidat vedette de la CAQ a critiqué le travail des procureurs qui l'ont interrogé lors de sa comparution devant la commission, en juin dernier. Au cours de son témoignage, qui s'est étalé sur cinq jours, il n'a pas pu « passer ses messages », déplore-t-il.

L'ex-policier s'étonne qu'on lui réclame aujourd'hui des noms, comme l'ont fait ces derniers jours le chef libéral, Jean Charest, et le maire de Montréal, Gérald Tremblay, alors qu'il n'a plus l'immunité. M. Charest lui a aussi demandé de prouver ses affirmations, contenues dans un rapport personnel déposé devant la commission Charbonneau, selon lesquelles 70 % du financement politique au provincial ne proviendrait pas de dons officiels enregistrés.

Se désolant des questions « simplistes » qui lui ont été posées, le candidat caquiste de Saint-Jérôme estime qu'il a perdu son temps à la commission.

Son intervention a donné lieu à des échanges par médias interposés entre lui et son chef d'un côté, et le procureur en chef de la commission Charbonneau de l'autre.

Plus tôt, La Presse rapportait que Me Lussier avait réagi aux propos de M. Duchesneau, affirmant qu'il était resté « évasif » et n'avait pas fourni de réponses claires. Dans l'article, le procureur estimait que la commission avait été traitée injustement. Le rapport personnel de M. Duchesneau, ajoutait-il, était fondé sur une série de sources anonymes.

Dans un communiqué, M. Duchesneau a déploré que le procureur en chef de la commission « s'ingère dans le cours de la campagne ». Ses propos ne visaient pas le travail des procureurs de la commission, a-t-il argué, évoquant plutôt les avocats du Parti libéral, du Parti québécois et de la Ville de Montréal.

Rappelant à l'ordre Me Lussier, il a également affirmé que les enquêteurs de la commission avaient déjà interrogé deux témoins qu'il leur avait désignés alors que d'autres étaient identifiés par des « noms de code » par mesure de « sécurité ».

François Legault critique durement la commission

Le chef de la CAQ, François Legault, s'est par la suite porté à la défense de son candidat - pour une deuxième journée consécutive - tout en passant à l'attaque. Faisant campagne à Saint-Jean-sur-Richelieu, en Montérégie, il a demandé pourquoi Me Lussier n'avait pas « demandé à M. Duchesneau à quelle heure, à quel endroit, quelles personnes? » et « pourquoi il n'[avait] pas insisté pour avoir toutes les réponses ».

« Si Me Lussier considère qu'il n'a pas reçu toutes les réponses qu'il comptait avoir, M. Duchesneau est disponible pour répondre à toutes ses questions dès lundi », a-t-il poursuivi.

« Je pense qu'actuellement, on a en face de nous un commissaire [sic] qui manque à son devoir de réserve, qui manque de jugement » en commentant un témoignage en pleine campagne électorale, s'est-il insurgé.

M. Legault a dit vouloir « savoir absolument si le premier ministre et le ministre de la Justice [Jean-Marc Fournier] cautionnent une telle attitude de la part d'un commissaire qui est supposé être indépendant ».

Le chef de la CAQ a par ailleurs demandé si la sortie du procureur en chef avait été téléguidée par les libéraux. « On peut se poser la question. Moi, j'aimerais avoir la réponse de M. Charest. »

La commission Charbonneau est indépendante, argue son procureur en chef

En entrevue à l'émission 24 heures en 60 minutes, Me Lussier a fait valoir l'indépendance du mandat de la commission et réfuté qu'il ait répondu « à une commande ». « Nous ne pouvons pas faire le jeu des partis politiques, quels qu'ils soient », a-t-il soutenu, ajoutant que la commission n'agissait pas « pour faire plaisir à un candidat ou ne pas faire plaisir à un autre ».

Niant avoir qualifié M. Duchesneau d'« évasif », il a affirmé avoir été mal cité. Le quotidien a d'ailleurs rectifié le tir par la suite.

« Nous estimons avoir posé les questions pertinentes et obtenu les réponses convenues auxquelles nous nous attendions », a affirmé Me Lussier, précisant que M. Duchesneau « connaissait les questions que la commission avait l'intention de lui poser ».

Interrogé sur le fameux rapport personnel de M. Duchesneau, il a parlé d'un « travail pertinent et intéressant » qui devait cependant être vérifié. « Nous n'avons pas en entier l'identité des gens qui sont sur cette liste, a-t-il dit. Nous discutons avec lui de la façon d'identifier les témoins. Certaines personnes sont réticentes à témoigner. »

Quant à la proportion de financement illégal qui atteindrait 70 % des dons, Me Lussier a fait valoir qu'il s'agissait de « ouï-dire » rapporté par M. Duchesneau, qui citait des sources qui n'étaient « pas nécessairement identifiées ». « C'est une affirmation, ce n'est pas un fait avéré, a-t-il souligné, ajoutant que cela devait être « corroboré par des moyens légaux ».

L'avocat a en outre pris acte de l'offre de M. Duchesneau de comparaître à nouveau, soulignant que la commission pouvait entendre un témoin déjà entendu. Il a toutefois avoué que les procureurs et les commissaires n'avaient « pas eu le temps » d'étudier cette demande.

Il a rappelé que la commission devait reprendre ses travaux le 17 septembre.

Charest et Marois s'en prennent à Legault

En soirée, les chefs libéral et péquiste ont vivement critiqué les propos de la CAQ, s'égratignant l'un et l'autre au passage.

Jean Charest a vivement critiqué les propos de ses adversaires caquistes, jugeant « le choix d'attaquer la commission Charbonneau [...] inacceptable ». « Là, on entre dans la même zone que Mme Marois : attaquer nos institutions », a-t-il lancé.

Le chef caquiste « plutôt que de corriger son candidat, comme il a fait hier, en a remis, avec une attaque frontale contre le procureur en chef de la commission alimentée strictement par des intérêts partisans », a ajouté le chef libéral.

La chef du Parti québécois, Pauline Marois, a de son côté affirmé que François Legault voulait « discréditer [...] l'instrument principal pour se débarrasser de la corruption libérale ».

Si Jean Charest a peur de la rue, Francois Legault craint pour sa part les régions et la commission Charbonneau, a-t-elle dit au cours d'une activité partisane à Rivière-du-Loup.

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