Sportivement Incorrect

Michel Therrien : faire contre mauvaise fortune bon coeur!

(Photo de Richard Wolowicz/Getty Images)
Mettons les choses au clair en entrée de jeu : le champagne n'a pas coulé à flots à la suite de la nomination de Michel Therrien comme entraîneur-chef du Canadien, ni au Québec, ni ailleurs dans la grande communauté du hockey.

Je n'ai pas entendu un seul "Wow", mais seulement un accueil réservé pour un individu qui mérite visiblement une deuxième chance. Therrien et Bob Hartley ne font pas l'unanimité à travers la ligue nationale, car ils ne sont pas issus du fameux country club. Ils sont deux outsiders qui ont gravi les échelons du hockey à la sueur de leur front sans l'appui d'aucun membre influent de "l'establishment" du hockey. Ils se sont façonné une réputation de durs à cuire traitant les joueurs-vedettes avec égard, mais étant sans pitié pour les joueurs de deuxième et troisième niveaux. Ils ont gagné dans les rangs juniors en faisant appel à des méthodes plus ou moins catholiques. Chez les plus orangistes, on avance que la principale qualité de Therrien, comme celle d'Hartley, est de parler français, donc de devenir des candidats automatiques à chaque fois qu'un poste devient disponible à Montréal. À ces dinosaures, je répondrai qu'ils s'expriment tous les deux parfaitement en anglais et que les entraîneurs unilingues anglophones devraient peut-être faire un effort pour apprendre la langue de la minorité, car ils deviendraient des candidats incontournables comme l'est devenu Marc Crawford parce qu'ils sont obligatoirement plus qualifiés que les entraineurs de chez nous.

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Je ne m'interroge plus à savoir pourquoi les Québécois demeurent plus longtemps au chômage que leurs collègues anglophones dans le monde du hockey professionnel. C'est autant une question de culture qu'une question de relations. Pour être choisi comme entraîneur dans le hockey professionnel, il faut accepter de faire d'immenses sacrifices. Si Guy Boucher n'avait pas accepté de mettre une croix sur ses vacances estivales durant quelques années pour s'investir dans le programme de Hockey Canada, il n'aurait jamais obtenu un poste d'adjoint chez Équipe Canada junior où il s'est fait remarquer par Pat Quinn, qui l'a pris sous son aile et recommandé à un collègue influent du programme élite canadien, qui allait devenir le DG du Lightning de Tampa Bay : Steve Yzerman. Vous connaissez la suite; Boucher est devenu l'entraîneur-chef du Lightning. Pascal Vincent a choisi le même parcours et le voilà chez les Jets de Winnipeg. La chance sourira peut-être dans quelques années à André Tourigny des Huskies de Rouyn-Noranda. Benoit Groulx a lui aussi emprunté le même chemin pour accéder aux rangs professionnels dans l'organisation des Panthers, mais sa situation familiale l'a obligé à faire un pas en arrière pour mieux revenir un jour.

À moins de posséder un nom magique comme celui de Patrick Roy par exemple, les portes ne s'ouvrent pas facilement pour un entraîneur issu du programme québécois. Le prometteur Jean-François Houle, qui suscite beaucoup de curiosité par son travail chez l'Armada de Blainville-Boisbriand, ne pourra profiter de la notoriété de son père Réjean pour monter chez les pros. Il devra lui aussi bosser pour prouver qu'il possède les outils nécessaires pour digérer une équipe professionnelle un jour, car n'oublions que les préjugés qui persistent sur le talent de nos joueurs québécois sont aussi présents au niveau de nos entraîneurs. Les décideurs québécois se comptent sur les doigts d'une main dans la Ligue nationale et il n'y a qu'à Montréal qu'on peut leur ouvrir la porte en raison du prérequis de la langue qui restreint le nombre de candidats potentiels. Bob Hartley et Michel Therrien sont issus d'une autre époque. Hartley obtient une dernière chance, mais c'est un ami, Jay Feaster, qui est le patron à Calgary. Pourquoi un coach avec un tel palmarès ne trouvait-il pas preneur alors que les ouvertures se multipliaient dans la grande ligue???

Tout ça pour arriver à la nomination de Michel Therrien à Montréal. Quels étaient ces appuis? On l'a répété lors du point de presse d'hier, aucun lien d'amitié ne lie Therrien à son nouveau patron Marc Bergevin. Seulement une connaissance professionnelle dans la grande famille du hockey. Rien non plus du coté de Rick Dudley, le bras droit de Bergevin, ni chez Larry Carrière et encore moins chez Scott Mellanby. Il a fallu que Michel Therrien soit drôlement convaincant pour obtenir l'emploi, car on m'a raconté que c'est à regret qu'on a renoncé à la candidature de Marc Crawford. On entendait déjà la grogne populaire devant la possibilité de l'embauche de Crawford, qui a fait patate lors de ses derniers passages à Los Angeles et Dallas. Il n'a pas saisi la 3e et la 4e chance qui lui ont été offertes, mais demeure toujours un candidat attrayant, car il sait se vendre. D'ailleurs, son nom est mentionné à Edmonton alors qu'il n'a jamais été question de Therrien qui a pourtant bien fait avec une équipe jeune à Pittsburgh et qui aurait bien pu faire la même chose avec les prometteurs Oilers. On a accordé un statut particulier à Crawford en lui annonçant la décision du Canadien lundi soir alors que les autres candidats n'ont reçu l'appel du DG du Canadien que mardi, tôt en matinée.

En entrevue à la radio hier, Bergevin n'a pas voulu me confirmer s'il y avait unanimité sur le choix de Therrien au sein de son conseil exécutif de hockey. Il m'a répondu que c'était SON choix. C'était peut-être la seule alternative valable. Bob Hartley s'est retiré du processus parce qu'il se sentait désiré à Calgary. C'était sans doute aussi parce qu'il ne sentait pas confortable dans le nouveau country club du Canadien. Guy Carbonneau? Il est passé sous le radar durant tout le processus, ce qui lui a fortement déplu, mais son éthique de travail lors de son passage derrière le banc de l'équipe a laissé des traces et on n'allait pas le réembaucher alors qu'on vante les vertus du travail acharné. Il était nécessaire de garder jusqu'au sprint final un candidat élevé au rang de martyre à la suite d'un congédiement injuste de Bob Gainey. C'est bon pour la transparence. Patrick Roy? Le favori des amateurs québécois avait le profil idéal, mais je crois que Bergevin ne voulait pas à ses premiers pas comme DG engager un coach recrue au profil aussi relevé. Il a préféré jouer la carte de la prudence en s'entourant d'un autre homme de hockey d'expérience. Il n'avait pas assez de millage comme décideur pour encadrer une personnalité aussi forte que Patrick. Il s'est sûrement dit qu'avec quelques années derrière la cravate comme directeur général, il pourrait se permettre le luxe d'engager un membre du Temple de la Renommée comme entraîneur-chef !

Ne restait donc que Michel Therrien. De toute façon, le dossier de Therrien était aussi valable que n'importe qui sur le marché, bilingue ou non, et il connaît très bien le marché et qui plus est, a une bien meilleure connaissance de l'équipe et de ses composantes que tous les membres de son état-major, à l'exception de Larry Carrière. Michel a appris de ses expériences passées et sa personnalité convient beaucoup mieux à l'esprit collégial que Bergevin veut inculquer à l'organisation qu'à un one-man-show.

On n'a pas une 2e chance de créer une bonne impression. Michel Therrien l'obtient. Dans le cas de Marc Bergevin, il a pris la première d'une série des plus grandes décisions de sa carrière de directeur-gérant. Il a fait contre mauvaise fortune bon coeur et souhaitons qu'elle lui porte chance.