Sportivement Incorrect

LNH: Dialogue de sourds ou de riches?

Donald Fehr, le directeur-exécutif expressément embauché par l'AJLNH pour signer une nouvelle convention collective …On se doutait bien que quelque chose se tramait dans les officines de la ligue Nationale de hockey (LNH) à l'aube des négociations pour une nouvelle convention collective de travail. On jugeait dans l'entourage du commissaire Gary Bettman que les joueurs étaient gagnants sur toute la ligne sous le contrat de travail actuel et qu'il fallait non seulement rétablir l'équilibre des forces, mais favoriser ceux qui prennent les risques financiers: les propriétaires.

À la lumière des informations qui ont filtré en fin de semaine, la partie patronale souhaite tout simplement revenir 20 ans en arrière.

Examinons de plus près les demandes des propriétaires:

1- Réduction du pourcentage des revenus consacrés aux joueurs. De 57%, la part des joueurs chute à 46%. C'est une diminution salariale immédiate de 20% qu'on exige des employés. On veut donc reprendre environ 350 millions de dollars dans les poches des joueurs à chaque année de la nouvelle convention.

Derrière cette demande se cache une mesure encore plus perverse: les propriétaires veulent redéfinir le terme «revenus relatifs aux opérations d'une équipe de hockey». On veut donc mettre à l'abri du partage avec les joueurs des sources de revenus qui se sont avérées particulièrement intéressantes au cours des dernières années. Moins d'argent dans la tarte, de plus petites pointes pour les joueurs.

2- On veut éliminer l'arbitrage et ce sera un obstacle majeur dans la recherche d'une solution. Les propriétaires n'ont pas exigé l'abolition des contrats garantis comme c'est le cas dans la NFL, mais l'arbitrage est la raison principale de l'inflation galopante dans le sport professionnel. Les sommes consenties dans ce processus enrichissent non seulement les principaux intéressés mais aussi leurs collègues qui les utilisent dans les tableaux comparatifs pour l'obtention de nouveaux contrats.

3- La ligue veut limiter la durée des contrats à cinq ans, supprimer les bonis de signatures et obliger les joueurs à accepter des émoluments annuels égaux sur leurs contrats. Dans ce dernier cas, ce sont les d-g et les agents qui ont trouvé une façon de détourner la convention actuelle en permettant aux joueurs de toucher beaucoup plus d'argent en début de contrat et beaucoup moins à la fin, permettant aux joueurs de se retirer s'ils le veulent en ne laissant pas trop d'argent sur la table. Ça permettait à une équipe de rejoindre le plancher salarial en s'offrant un joueur en fin de carrière pour une fraction du prix figurant officiellement sur le calcul du plafond salarial.

Comment expliquer que des joueurs comme Zach Parisé et Ryan Suter aient signé des contrats de 13 ans pas plus tard que la semaine dernière, alors que les propriétaires connaissaient fort bien le contenu des demandes déposées à l'AJLNH? Le dossier des bonis de signatures sera une bagatelle à régler.

4- On demande aux joueurs de repousser de 7 à 10 ans de service leur option de tester le marché de l'autonomie. Pas question pour les joueurs de reculer sur un droit acquis car on exige aussi que le contrat d'entrée passe de 3 à 5 ans. Les joueurs ne pourraient donc monnayer leur pleine valeur que sur une période de 5 ans avec leur équipe originale.

Donald Fehr, le directeur-exécutif expressément embauché par l'AJLNH pour signer une nouvelle convention collective avantageuse, attend Gary Bettman et ses acolytes avec une brique et un fanal. On a sûrement pris bonne notes des bilans annuels du commissaire vantant l'excellente santé financière de sa ligue. On lui rappellera ses six années de croissance où les revenus ont augmenté de plus d'un milliard de dollars. On répondra à Fehr que plusieurs concessions sont en difficulté financière, dont Phoenix et New Jersey qui sont en tutelle, que plusieurs équipes sont à la recherche de nouveaux partenaires investisseurs ou tout simplement de nouveaux propriétaires et qu'il faut se serrer la ceinture!

Attention, sport fragile!

Messieurs les joueurs et les propriétaires, redoublez de prudence svp. Le hockey est le sport professionnel le plus fragile en Amérique du Nord, car on n'a pas réussi à obtenir le fameux contrat de télévision national qui assure aux équipes de faire leurs frais à la fin d'une saison. Ce sont les revenus aux guichets qui assurent la viabilité des concessions et je ne suis pas sûr que les amateurs vous pardonneraient un autre conflit de travail sur leur dos.

La LNH est prête à mettre un cadenas dans la porte jusqu'au désormais fameux match de la Classique Hivernale, qui se déroulera au Big House de l'université du Michigan à Ann Arbor le 1er janvier et opposera les Leafs de Toronto aux Wings de Détroit. C'est le véritable lancement de la saison américaine de la LNH, car la majorité des équipes américaines perdent de l'argent avant les Fêtes, ne parvenant pas à remplir leurs gradins alors que la ferveur est toujours la même dans les villes canadiennes, d'octobre à juin.

Vous avez sous les yeux la preuve que le contrôle du hockey nous a échappé, que tout se décide maintenant au Rockefeller center de New York. Qui portera l'odieux d'un éventuel deuxième lock-out en 8 ans? Dialogue de sourds ou de riches? Il n'y aura pas de gagnants, juste des perdants...