Sportivement Incorrect

Adam Scott : une leçon d'humilité

"The thrill of the victory and the agony of defeat". Cette phrase rendue célèbre dans l'animation d'ouverture de l'émission WIDE WORLD OF SPORTS du réseau ABC dans les années '70 a pris route sa signification hire lots de la derrière ronde de l'omnium britannique sur le parcours du Royal Lytham St. Annes.

Adam Scott lors de l'omnium britannique, le 22 juillet. (Getty Images)L'australien Adam Scott, l'un des plus grands gentleman sur la scène du sport, avait une main sur le Claret Jug avec 4 trous à jouer. Un premier titre majeur à la portée d'un des jeunes joueurs les plus doués de sa génération. Avec un cumulatif de -10, il possèdait une avance de 4 coups sur Ernie Els. Il était en parfait contrôle, touchait les allées avec régularité sur ses coups de départs et même s'il ne parvenait pas à caler ses roulés pour ajouter à son avance, la consécration l'attendait à l'issue de la 4-e ronde.

C'est alors que l'inévitable s'est produit. Il commet un bogey au 15-e puis un autre au 16-e alors qu'il prend 3 coups roulés sur le trou le plus facile du parcours. Il a perdu le tournoi en ratant un roulé de 3 pieds pour la normale. C'est alors que la pression l'a envahi, menacé pour la première fois de la semaine. Le rêve s'est alors transformé en cauchemar, 2 autres bogeys au 17 et 18-eme. Il perd 4 coups à ses 4 derniers trous et voit la victoire tant attendue en Grand Chelem lui échapper au profit de l'un de ses meilleurs amis, Ernie Els, le seul joueur parmi les 10 prétendants au titre britannique avant le début de la dernière ronde, à ramener une carte inférieure à 72.

Est-ce que c'est Els qui a gagné ou Scott qui a perdu ? Une combinaison des 2 mais ne minimisons pas la remontée exceptionnelle du sud-africain. Il accusait 6 coups de retard après 9 trous mais il s'est alors mis en marche retranchant 4 coups à la normale sur le 9 de retour, une performance remarquable un dimanche après-midi sur le cruel parcours du Royal Lytham St. Annes, qui ne pardonne pas lorsque des vents contraires soufflent sur la 2-e moitié du parcours.

Ce ne sont pas les éléments qui ont eu raison d'Adam Scott. Pas de pluie durant les 4 jours de l'Open, un record. Des vents inexistants sauf lors de la 4-e ronde mais rien pour écrire à sa mère. Les 205 fosses de sable éparpillés stratégiquement sur le terrain sont en partie responsables de l'effondrement des principaux poursuivants de Scott. C'est le cas de Tiger qui a commis une erreur de jugement ou d'égo en refusant de prendre un coup de pénalité pour une balle injouable dans une trappe au 6-e. Tiger doit sortir des situations les plus périlleuses, il ne peut pas capituler devant un obstacle. Lui qui avait choisi une approche conservatrice dans son plan d'attaque tout au long de la semaine a tenté l'impossible dans cette trappe au 6-e. Il était le seul à dompter le trou le plus difficile du parcours au Championship depuis le début de la semaine mais ce dernier a obtenu sa revanche. Triple bogey, son premier à ses 36 derniers Majors, et c'en était fait de ses chances de mettre la main sur un 15-e titre Grand Chelem.

C'est la pression incroyable qui pèse sur les épaules de tous les aspirants au Claret Jug lors de la dernière ronde du tournoi des tournois qui a eu raison de Scott.  Rappelez-vous de la déconfiture de Jean Van De Velde en 1999 qui avait ouvert la porte à Paul Lawrie qui a comblé un retard de 6 coups pour l'emporter tout comme Ernie Els hier. La déconfiture de Scott nous rappelle celles de son compatriote Greg Norman au Masters de '96, celle d'Arnold Palmer à l'open américain de '66, la plus récente celle de Rory Mcllroy au Masters de 2011, celle de Scott Hoch au Masters de '89, de Doug Sanders à l'Open Britannique de '70 ou encore celle du légendaire Sam Snead au U.S".Open de 1947.

Il y a quelque chose d'inexplicable qui se produit sur ses terrains mythiques qui présentent le British Open, quelque chose qui nous rappelle les fameux fantômes du Forum de Montréal. J'ai eu le privilège et le bonheur de jouer sur le Old Course à St. Andrews, l'Alysa à Turnberry et à Carnoustie l'été dernier en compagnie de mon épouse et de 3 de nos meilleurs couples d'amis. J'ai alors compris qu'il fallait y jouer pour comprendre l'essence de ce jeu. Nous ne nous battions pas pour le Claret Jug mais nous étions remplis d'émotions. Nous étions au sommet du monde sur ces terrains qui sont presqu'impossible à décrire à moins d'y avoir joué. L'herbe longue jusqu'aux genoux, des trappes de sables impossible à détecter à moins de compter sur un cadet expérimenté, des normales 4 interminables, des allées et des verts durs comme de la pierre, balayés par les vents de la mer, la pluie, le froid et j'en passe… Lorsque j'ai ramassé ma balle dans 18-e trou du Old Course, j'avais les larmes au yeux. Je réalisais un rêve grâce à l'une de mes meilleures parties à vie dans les conditions que je viens d'énumérer.

J'ai souffert avec Adam Scott dimanche après-midi car c'est peut être la seule fois dans toute sa carrière qu'il passera si près de gagner l'Open britannique. Il avait une main sur le trophée avec 4 trous à jouer mais c'est finalement Ernie Els, une heure plus tard, qui tenait à bout de bras le Claret Jug. À l'Open britannique, tu ne réussis pas à battre un adversaire, tu parviens seulement à survivre dans des conditions exceptionnelles. La moindre erreur, la moindre absence de concentration te conduit à ta perte. Je trouve injuste qu'on qualifie la fin de tournoi de Scott comme l'une des pires déconfitures de l'histoire du golf. C'est seulement une autre leçon d'humilité offerte à l'un des meilleurs golfeurs sur la planète par l'un de ces parcours mythiques des îles britanniques.

À la semaine prochaine.