Sportivement Incorrect

Après les Sénateurs, les Blackhawks de Montréal?

J'étais l'un des rares, sinon le seul, à l'époque à m'inquiéter du fait que le Canadien commençait à ressembler de plus en plus aux Sénateurs d'Ottawa à la suite de l'embauche de Pierre Gauthier et de ses hommes de confiance. Rapidement, le Canadien a adopté la personnalité sans couleur et sans saveur de nos lointains cousins ontariens. Est-ce qu'on nous prépare un profil Blackhawks avec l'arrivée de Marc Bergevin à la direction générale de vos Glorieux?

Pour l'instant, tout est à l'état de rumeurs, mais on prévoyait, dès la signature du contrat de Bergevin, l'entrée en scène du ténébreux, mais efficace Rick Dudley comme bras droit au nouveau patron du Canadien. Sa feuille de route est impressionnante, mais est-ce qu'un long cv rime toujours avec succès?

Comme coach, ses deux séjours derrière le banc des Sabres et des Panthers ne lui ouvriront pas les portes du Temple de la Renommée, tout comme ses quatre emplois comme DG à Ottawa, Tampa, Floride et Atlanta. Sauf qu'on lui reconnaît des qualités d'évaluateur de talent et que c'est à ce poste qu'il est le plus efficace. On raconte que Bergevin négocie sa libération avec Brian Burke, son employeur à Toronto, et que ce dernier se laisse tirer l'oreille parce que le Canadien parlera toujours deux rangs devant les Leafs au repêchage de juin et que les précieuses informations recueillies par Dudley comme salarié des Torontois pourraient profiter à son nouvel employeur. Le point de vue de Burke n'est pas à négliger, mais je ne l'ai pas entendu accuser les Oilers d'Edmonton de profiter d'un avantage concurrentiel déloyal en étudiant sous toutes ses facettes le talent et l'attitude du jeune défenseur Ryan Murray, leur éventuel premier choix à l'encan amateur de juin, à l'occasion des championnats du monde qui se déroulent actuellement en Suède et en Finlande. Qui plus est, les dirigeants des Oilers, Kevin Lowe en tête, se vantent sur la place publique de la chance qu'ils ont d'approfondir leurs connaissances sur Murray à travers ce laboratoire des Mondiaux!

Joel Quenneville (Radio-Canada)

Je me pose la question suivante : Burke négocie quoi au juste? La date de libération du contrat de Dudley? C'est sans doute le seul objet des pourparlers, car la LNH ne prévoit aucune compensation pour le départ d'un administrateur!

Rick Dudley ne serait pas le seul ancien Blackhawks dans la mire de Bergevin. Joel Quenneville, le coach idéal aux yeux de Bergevin, ne serait plus dans les bonnes grâces de la famille Bowman, Jack le directeur-gérant de l'équipe et son père Scotty, le véritable patron des Hawks.  Aux dires de mon collègue Elliot Friedman de HNIC, un coup de fil à Chicago pourrait provoquer une très courte période de réflexion sur l'avenir de Quenneville dans la Ville des Vents. On digère mal l'élimination rapide des Hawks au premier tour des éliminatoires au cours des deux dernières saisons après la conquête de la coupe Stanley en 2010. On reproche à Quenneville de jongler trop souvent avec ses trios, de mal gérer l'utilisation de ses gardiens de but, de ne pas tirer le meilleur de Patrick Kane et de quelques autres jeunes espoirs de l'organisation. Lorsqu'un coach ne fait plus notre affaire, on lui trouve tous les défauts du monde.

Coach Q fait partie de l'élite des entraîneurs de la LNH. En 13 saisons complètes derrière le banc, il a remporté un minimum de 43 victoires avec sa formation à 11 reprises, ne ratant les séries éliminatoires qu'en deux occasions. Il a une coupe Stanley et un trophée Jack-Adams en poche. Mais remplit-il une condition essentielle posée par Marc Bergevin lui-même? Le futur entraîneur-chef du Canadien doit s'exprimer en français! Je côtoie Joel Quenneville depuis ses débuts dans la ligue nationale et j'ai eu l'occasion de le connaître davantage lors de son séjour comme adjoint chez les Nordiques et l'Avalanche du Colorado. Ce natif de Windsor a une connaissance du français en deçà de celle de Marc Crawford, mais quelques semaines à Jonquière dans ce fameux programme d'immersion qui a permis à quelques politiciens de comprendre et de communiquer avec la langue de la majorité le remettrait vite sur pieds.

C'est incroyable d'écouter mes collègues du ROC (rest of Canada) qui spéculent sur l'identité du futur entraîneur-chef du Canadien. La cabale pour mousser la candidature de Marc Crawford est très forte et voici que celle de Quenneville fera sans doute beaucoup de vagues. Mais pas un mot sur celles des Hartley, Therrien, Roy et Vigneault.

Lorsque j'ai reçu Marc Bergevin à l'émission les Amateurs de sports, quelques heures après sa nomination, je lui ai demandé s'il comptait s'entourer d'amis dans le cercle des nouveaux décideurs du Canadien. Il m'a répondu qu'il n'avait aucun problème avec ça, à condition qu'ils soient compétents et qu'ils soient les meilleurs disponibles.

Si la tendance se maintient, le modèle Chicago succèdera au modèle Ottawa à Montréal, mais est-ce pour le plus grand bien de l'organisation? L'avenir sera le seul juge, mais à quand le modèle du Canadien pour Montréal?