Le vestiaire

Dan Girardi, “l’anti-star” de la LNH

OTTAWA - Dan Girardi avait 24 ans lorsque John Tortorella est arrivé à la barre des Rangers de New York en février 2009. Jamais repêché, Girardi a connu un parcours difficile, passant de la ECHL (East Coast Hockey League), à la Ligue américaine, avant de finalement obtenir sa chance dans la LNH. Lorsqu'il a rencontré Tortorella, le défenseur en était à sa deuxième saison dans la grande Ligue.

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Lors de la première réunion d'équipe avant le premier entraînement, Girardi n'a rien dit, même si Tortorella ne cessait de l'appeler Joe Girardi, comme le gérant des Yankees de New York.

« Je connaissais un peu sa réputation. Je ne voulais pas lui marcher sur les pieds. Et finalement, quelqu'un a dit "Torts, son nom, c'est Dan Girardi, pas Joe". Tortorella a répondu: "Merci les gars, vous m'avez laissé le dire dix fois », a-t-il raconté.

Âgé de 27 ans, Dan Girardi est finalement parvenu à se faire un nom sur la patinoire et Tortorella ne tarit plus d'éloges à son égard.

Girardi n'a participé à aucune des compétitions lors du concours d'habiletés samedi soir et il sera peut-être bien "l'anti-star" lors du match des étoiles dimanche. Il y a cependant une raison pourquoi Tortorella a plaidé en sa faveur et la LNH l'a choisi pour participer à ce week-end. Il a grandement mérité sa place aux côtés de joueurs comme Evgeni Malkin, Pavel Datsyuk, Zdeno Chara, Shea Weber et Tim Thomas.

« Je pense que notre Ligue oublie parfois des joueurs comme lui. Je suis content que la Ligue se soit levée et ait choisi un gars qui le méritait. Ce n'est pas son curriculum vitae qui compte, mais ce qu'il a accompli sur la patinoire », a indiqué Tortorella.

Girardi ne gagnera pas le Trophée Norris. Il ne fera même pas partie des candidats. Celui qui remportera la palme sera le meilleur défenseur de la LNH, sous tous les aspects du jeu. Girardi a des statistiques offensives plutôt modestes avec quatre buts et 17 points, ce qui le place à égalité au 52e rang parmi les défenseurs. Selon Tortorella, cette facette de son jeu s'améliore tous les jours.

Ce n'est pas là qu'est la valeur de Girardi. Tortorella tente de bâtir l'identité des Rangers et c'est à partir de Girardi et de son capitaine Ryan Callahan qu'il veut le faire.

Girardi a bloqué 236 tirs la saison dernière, 24 de plus que son plus proche rival. Il joue en moyenne 27:22 minutes par match cette saison, ce qui constitue un sommet dans la LNH. Sa présence a été d'autant plus importante lors de la première moitié de la saison alors que le défenseur Marc Staal était tenu à l'écart du jeu en raison d'une commotion cérébrale

Ce n'est certainement pas une coïncidence si les Rangers se retrouvent en tête de l'association de l'Est avec 66 points, un point derrière les Red Wings de Détroit qui trônent au sommet du classement de la LNH.

L'histoire de Girardi est digne d'une fiction. Sa mère, Carol, est infirmière à Welland, en Ontario. Son père, Mark, construit des moteurs chez General Motors.

Girardi a déjà été une vedette. Il jouait au poste d'attaquant et marquait beaucoup de buts.

Il avait dix ans.

« J'étais un joueur avec beaucoup d'habiletés lorsque j'évoluais au niveau Atome. Je pense avoir marqué 50 buts en une année. J'ai encore la rondelle à la maison. Après cette saison productive, j'ai peu à peu perdu mes habiletés, surtout lorsqu'ils m'ont fait jouer au poste de défenseur au niveau Pee-Wee. On dirait que j'ai tout perdu à ce moment », a-t-il expliqué

Il a gravi les échelons du Junior B à la Ligue junior de l'Ontario et il a alors commencé à simplifier son jeu. Il se contentait d'être très solide défensivement.

Lorsqu'il est arrivé dans les rangs juniors, il s'est mis à bloquer plus de tirs. Quand il a atteint la LNH, c'est devenu sa spécialité. Certaines personnes diront que c'est un art en soi et ce n'est pas totalement faux. Il faut savoir se lancer devant le tir au bon moment. Il faut avoir la bonne technique. Mais plus que tout, il faut que tu aies de la robustesse et un désir de vaincre.

« Il a une volonté incroyable », a souligné Tortorella.

L'entraîneur des Rangers n'a pas eu besoin de remonter bien loin dans le temps pour trouver un exemple démontrant le courage de Girardi. Deux fois samedi dernier, le défenseur a choisi de se lancer devant les tirs de Chara.

Chara, c'est celui qui a remporté le concours du tir le plus puissant lors du concours d'habiletés samedi soir. Il a réussi un tir de 108,8 milles à l'heure. Rien de moins.

Lorsque Girardi est rentré au banc après avoir bloqué l'un des tirs du capitaine des Bruins, les Rangers croyaient qu'il venait de subir une fracture à la main. Il n'a pourtant pas manqué de présence et les Rangers ont battu les Bruins 3-2 en prolongation.

Girardi aurait pu connaître son moment de gloire si la LNH avait organisé un concours de "tirs bloqués" lors du concours d'habiletés, samedi soir.

Ce qui est ironique avec le match des étoiles, c'est que les qualités des joueurs sont rarement aussi peu mises en évidence. Girardi a dit qu'il va peut-être compléter quelques mises en échec ou bloquer des tirs, mais évidemment, il plaisantait. Tout ce qu'il souhaite, c'est de garder son différentiel au-dessus de -3, de peut-être obtenir un tir au but et de ne pas trop se faire agacer par ses coéquipiers lorsqu'il rentrera à New York.

Alex Ovechkin a refusé l'invitation après que la LNH lui ait décerné trois matchs de suspension pour une mise en échec illégale. Il n'avait pas le coeur à la fête.

Girardi est ici parce que justement, il a du coeur et qu'il ne tient pas sa carrière pour acquise.

« C'est presque surréaliste d'être ici et de faire partie d'un évènement comme celui-ci. Je suis juste très reconnaissant que quelqu'un m'ait sélectionné pour y être. Je savoure chaque instant. »

Avec un texte de Nick J. Cotsonika (Yahoo! Sports).

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