C-A Marchand: La mauvaise foi olympique

Antoine Valois-Fortier (Getty Images)

J'avais envie de vous raconter les émotions inattendues que m'aura procuré le judoka québécois Antoine Valois-Fortier, dont je n'avais pourtant jamais entendu parler auparavant, avec son étonnante médaille de bronze.

Je voulais vous dire à quel point il avait à nouveau fait la preuve de la magie des Jeux Olympiques. Moi qui a toujours clamé haut et fort que le judo était probablement un des sports les plus ennuyants à regarder de toutes les disciplines olympiques et ce, même si c'est un sport que j'ai pratiqué avec beaucoup de passion jadis naguère. Et voilà que je me suis surpris à vivre les interminables dernières minutes de son combat contre un Américain qui me semblait assurément sur le point de le priver d'une médaille. Et voilà que j'ai eu le moton dans la gorge en voyant le jeune homme pleurer à chaudes larmes après avoir réalisé qu'il avait résisté, qu'il repartirait de Londres avec une médaille. Oui, c'était un beau moment olympique.

J'avais envie de vous dire à quel point je suis heureux de la médaille de bronze de mes «amies» Roseline Filion et Meaghan Benfeito. J'exagère un peu, même si Roseline est bel et bien mon amie Facebook, qu'elle a gentiment mis le nom de ma blonde sur sa liste de parents et amis à Pékin pour que cette dernière puisse m'accompagner à la maison du Canada. Quant à Meaghan, qui ressemble comme deux gouttes d'eau à ma filleule, elle semble toujours très heureuse de me dire bonjour quand on se croise, comme si j'étais un de ses oncles préférés.

Je les ai connues, comme pas mal toute l'équipe de plongeon, aux Mondiaux Aquatiques 2005 où j'étais annonceur-maison. Le papa de Meaghan était l'un des bénévoles. Il m'a d'ailleurs forcé à plonger dans le bassin tout habillé après la compétition, comme tous les autres membres de l'organisation.  Le téléphone cellulaire que je portais à ma ceinture et que j'avais oublié, ne s'en est jamais remis. C'est pas grave Arthur, je ne t'en veux pas. Bref, je voulais vous dire que j'ai éprouvé de la fierté en voyant ces deux pitchounettes-là sur le podium comme si c'étaient mes propres nièces.

Je voulais aussi vous dire que même si je nage comme une roche, que même si le patriotisme olympique exacerbé des Américains me tombe tellement sur les nerfs que je me surprends généralement à encourager tous les athlètes qui affrontent ceux de l'Oncle Sam, les exploits de Missy Franklin (une presque Canadienne, en passant) et Michael Phelps m'ont ébloui. J'avais même envie d'applaudir dans mon salon. J'avais aussi envie de vous raconter à quel point je suis empreint d'esprit olympique même à des milliers de kilomètres de Londres et même si le patriotisme étatique chinois provoque chez moi autant de crises d'urticaire que celui des amerloques, j'ai aussi eu envie d'applaudir les deux prodigieuses victoires de la Chinoise Ye Shiwen qui, à l'âge de 16 ans, a déjà deux médailles d'or au cou et autant de records du monde.

J'étais sur le point d'écrire que ces beaux moments olympiques en arrivaient quasiment à me faire oublier le début de ce qui devrait être la campagne électorale la plus déprimante et la plus inintéressante de l'histoire du Québec menée par quatre chefs de partis parmi les moins inspirants que l'on ait connus depuis que l'Homme ait dompté le feu. J'allais vous dire à quel point je me promettais de ne regarder que les chaînes où sont présentées les épreuves olympiques d'ici le 4 septembre afin d'éviter de sombrer dans une profonde déprime en voyant les Charest, Marois, Legault ou Khadir débiter leur lot quotidien d'inepties électorales.

J'étais de si bonne humeur qu'il n'y avait pas un carré rouge, noir, vert, jaune, mauve ou blanc pour gâcher mon plaisir olympique. Du moins, il en était ainsi jusqu'à ce qu'un entraîneur américain fasse preuve de mauvaise foi en éclaboussant la nageuse chinois d'accusations à peine voilées de dopage.

Non, je ne suis pas naïf. Il y a des athlètes dopés. Il y en a toujours eu et il y en aura toujours. Les Chinois sont tellement avides de médailles qu'ils peuvent être tentés de tricher. Mais ils ne sont certainement pas les seuls et les Américains ne sont pas au-dessus de tout soupçon que je sache. Là n'est pas la question.

Les vrais cas de dopage, surtout après une brillante performance olympique, sont assez déprimants comme ça sans que l'on commence à mettre en doute chaque record, chaque podium. Ce n'est pas un scepticisme sain et les athlètes méritent mieux que ça. Tous les athlètes sans exception ont mérité d'être aux Jeux olympiques par leurs efforts et les sacrifices qu'ils se sont imposés pendant de nombreuses années. Cela leur vaut le bénéfice du doute.

En passant, le Canada non plus n'est pas sans tache. Les médailles de Heymans, Girard, Valois-Fortier, Benfeito et Filion doivent-elles devenir suspectes parce qu'un jour Ben Johnson s'est fait prendre pour dopage sportif? Bien sûr que non. C'est pareil pour Ye Shiwen, qui n'a pas à être soupçonnée parce que des athlètes chinois se sont dopés par le passé.

Ye Shiwen (REUTERS/David Gray)Si Ye Shiwen s'était appelée Julia Simpson et avait un passeport canadien, britannique, australien ou américain, tout le monde aurait été joyeusement ébahi par son ascension fulgurante sur la scène mondiale de la natation. Tout le monde aurait applaudi. Il aurait été gênant, voire probablement catastrophique, pour un entraîneur de l'accuser sans preuve. Mais quand il s'agit des Chinois, certains, les Américains en tête de lice, se croient tout permis. Une telle mauvaise foi olympique est déplorable et se doit d'être dénoncée.

Ye Shiwen doit être considérée comme une formidable nageuse au même titre que Michael Phelps ou Missy Franklin. Elle n'a que seize ans et ne mérite pas d'être salie par des adultes qui se comportent en mauvais perdants. Comme tous les autres médaillés olympiques, elle a été soumise à des tests antidopages. Que je sache, aucun n'est revenu positif. Au cours des deux dernières années elle a remporté des médailles à la Coupe du Monde FINA, aux Jeux d'Asie, aux Championnats du monde de 2010 et 2011. Chaque médaille lui a valu un test-pipi. Que je sache, elle n'en a échoué aucun. Son accusateur, John Leonard, dirige l'Association Internationale des entraîneurs de natation. À moins que l'Agence Mondiale Antidopage lui donne raison, il doit, dès maintenant, des excuses à Ye Shiwen.

Il me doit aussi des excuses pour avoir perturbé mon bonheur olympique en provoquant ma colère, moi qui m'étais pourtant juré de rester de bonne humeur jusqu'à la toute fin des cérémonies de clôture, même si mes voisins décidaient de jouer de la casserole en plein milieu de la nuit. Voilà que je me surprends à souhaiter que le premier athlète à échouer un test antidopage à Londres soit Américain. C'est contagieux la mauvaise foi olympique.

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