La cérémonie d’ouverture vue par Michel Villeneuve

Il y a quatre ans, j'étais rongé par la nervosité à quelques heures de la cérémonie d'ouverture des Jeux Olympiques de Pékin.
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Installé dans la tour de télédiffusion, j'avais une vue imprenable sur le nid d'oiseau et sur le parc olympique où se massaient les milliers de participants au gigantesque spectacle sous une chaleur accablante et une discipline toute chinoise. J'étais prêt à prendre la relève de Richard Garneau et d'Alain Goldberg si un pépin technique survenait au cours de la retransmission de la cérémonie d'ouverture la plus spectaculaire et grandiose de l'Histoire. Heureusement pour moi, tout a fonctionné comme sur des roulettes, car les souliers de mes deux collègues auraient sans doute été trop grands à chausser.

À VOIR | La cérémonie d'ouverture des Jeux de Londres en images

Cette année, je suis confortablement installé dans mon salon pour suivre les Jeux à distance. Pas de pression, pas de critiques justifiées ou non, aucune jalousie de collègues frustrés de travailler depuis les studios de Montréal plutôt que de se retrouver en Chine. Juste le plaisir de surveiller la plus grande tribune sportive du monde en toute tranquillité.

Je me disais qu'il était impossible de maintenir la barre aussi haute à Londres qu'à Pékin. On a donc pris une direction différente dans la conception du spectacle et c'est dire mission accomplie pour l'équipe du réalisateur oscarisé, Danny Boyle, qui a réalisé la première partie des cérémonies d'ouverture comme s'il s'agissait d'un long métrage.

Les tableaux

Quelle merveilleuse idée que d'inviter le gagnant du récent Tour de France, Bradley Wiggins, pour sonner le coup d'envoi du premier tableau des cérémonies d'ouverture soulignant la beauté de la campagne anglaise. J'ai découvert que Winnings avait des dents, lui qu'on n'a pas vu sourire souvent lors de la Grande Boucle!

Les deux moments forts de cette première partie sont d'abord, la visite de James Bond, l'agent 007, personnifié par l'acteur Daniel Craig au Palais de Buckingham où l'attend la Reine, assise à son secrétaire. Elle le fait suffisamment patienter comme l'oblige le protocole avant de monter avec lui à bord d'un hélicoptère, d'où ils sautent en parachute au-dessus du Stade olympique. Un clin d'oeil unique comme seul l'humour britannique peut le faire afin de souligner l'arrivée de la souveraine et son époux, le prince Philippe, et du président du CIO, Jacques Rogge, à l'intérieur du stade.

Puis, le prélude à la célébration du cinéma et de sa musique. Rowan Atkinson, alias Mr. Bean, a livré une performance olympique lors de sa prestation sous la musique de Chariots of Fire de Vangelis . Ses légendaires mimiques au moment où il accompagnait le grand orchestre au piano et son caméo dans la scène de la course sur la plage du film couronné de quatre Oscars en 1981 ont soulevé la foule de 80 000 spectateurs dans le stade olympique.

Un beau clin d'oeil à l'inventeur du web, Sir Tim Bernes-Lee, lors du numéro consacré aux grandes vedettes du rock anglais au travers des nouvelles technologies.

Le défilé des athlètes

L'interminable défilé des athlètes nous donne l'occasion d'apprécier les talents des designers de mode. Il y en a pour tous les goûts. Du costume traditionnel au survêtement, en passant par les classiques comme le combiné pantalon veston ou un tailleur pour les femmes. J'avais hâte de voir si les athlètes canadiens, déguisés en clowns à Pékin en 2008, auraient meilleure allure à Londres. Un peu mieux, mais on fait encore "ti-counes". Je suis jaloux des Italiens habillés par Armani ou des Américains, sous les crayons de Ralph Lauren. Quelqu'un peut m'expliquer le concept derrière ce survêtement BCBG? Ce ne sont pas les designers de talents qui manquent au Canada, particulièrement au Québec, et l'équipe de design du groupe HBC a raté son coup.

Outre les Italiens et les Américains, je salue le bon goût des délégations belge, française, mongole (oui la Mongolie) et danoise. Le prix de l'originalité va aux designers de la République Tchèque avec le parapluie et les bottes de pluie pour rappeler le difficile climat londonien. Les Jamaïcains ont osé avec succès, contrairement aux Néerlandais et aux Allemands. Les cartels de la drogue déchirent le Mexique et je suis certain que leurs créateurs de mode étaient sous l'influence d'une substance illicite quelconque. Une catastrophe pour la délégation mexicaine.

Lors du défilé des athlètes canadiens, les caméras ont été incapables de trouver le président du COC, Me Marcel Aubut. Le "Kid Kodak" de la Grande-Allée ne s'en remettra pas!

Leryn Franco, la superbe lanceuse de javelot du Paraguay, a réussi à voler la vedette à une autre diva, Maria Sharapova, porte-drapeau de la Russie. Finaliste à plusieurs concours de beauté comme celui de Miss Bikini, madame Franco a défilé avec une superbe robe longue au décolleté audacieux. Les cotes d'écoutes du concours de javelot atteindront des sommets inespérés au cours des prochains jours…

Sa Majesté n'a pas aimé la tenue de ses représentants sur la piste olympique. Elle semblait s'ennuyer à mourir et n'a démontré aucune émotion devant l'exubérance de la jeunesse sportive anglaise. Sorry!

Les cérémonies protocolaires

Rien de plus plate que la partie protocolaire des cérémonies d'ouverture. Le président du CIO, Jacques Rogge, est encore plus ennuyant que Jacques Martin et Sebastian Coe, le président du comité organisateur londonien, était plus à l'aise dans une course de demi-fond qu'à un micro olympique.

Le suspense concernant l'identité de celui qui allumera la vasque olympique a rapidement perdu de son intensité lorsqu'on a aperçu David Beckham, au volant d'une vedette-rapide sur la Tamise en route vers le stade. C'est l'autre grand favori quintuple médaillé d'or, Sir Steve Redgrave, qui l'a accueilli pour entrer dans le stade avec la flamme. Elle a été redistribuée par un groupe de jeunes espoirs britanniques, choisis par un panel composé des plus grands olympiens anglais et supportés par la présence de 260 médaillés olympiques anglais depuis les Jeux de Londres tenus en 1948. Belle façon de passer le flambeau à la jeunesse d'un pays, la raison d'être des Jeux olympiques, outre le rapprochement et la fraternité entre les peuples. On a trouvé une nouvelle façon d'allumer la vasque olympique lorsque les flambeaux des jeunes athlètes désignés ont communié avec les 204 petites vasques, représentant chacune des pays participants aux Jeux et qui se sont ensuite élevés dans une superbe gerbe de flammes au milieu du stade.

Beau geste des organisateurs dans le choix des porteurs du drapeau olympique où l'on a souligné la contribution à l'humanité de personnages hors du commun dont le légendaire Mohamed Ali qui a rejoint le groupe sur la tribune.

La portion spectacle

Le passage des Artic Monkeys ne passera pas à l'histoire et la prestation de Sir Paul McCartney était quelconque avec un problème de son lors des premières notes de Hey Jude. Je suis demeuré sur mon appétit.

À la télévision

Quel est le grand génie à RDS qui a eu l'idée d'insérer Alexandre Bilodeau entre Pierre Houde et Richard Garneau ? Pour s'asseoir sur un siège de commentateur lors de la cérémonie d'ouverture des JO, il faut miser sur un bagage d'expérience et une immense culture sportive pour réussir à livrer la marchandise. Le jeune Bilodeau ne possède ni l'une ni l'autre de ses qualités. Dommage.

Difficile d'impressionner un monument de la trempe de Richard Garneau. Lorsque Pierre Houde a relancé son éminent collègue le taquinant sur son amour pour la Hongrie et son vainqueur du marathon masculin des Jeux de Montréal, Waldemar Cierpinski, Richard lui a rétorqué qu'il était plutôt Allemand de l'Est.

Malheureusement pour mon idole, Richard Garneau, il a commis une faute impardonnable pour un commentateur de sa trempe en identifiant Michelle Obama comme la Présidente des États-Unis plutôt que comme la Première Dame des États-Unis.

Alexandre Despatie assuré de ne pas perdre

Peu importe le résultat de ses performances dans ce qui s'annonce comme ses derniers JO, Alexandre Despatie peu dormir sur ses deux oreilles. Il est la vedette des trois réclames publicitaires qu'on entendra et qu'on verra au cours des 17 prochains jours. La Monnaie Royale, McDonald et Gillette l'ont déjà installé confortablement sur la première marche financière du podium olympique.

Bons Jeux!

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