L’équipe qui jadis avait pour nom les Expos de Montréal était de
retour au Canada cette semaine… pour la première fois depuis la fin mai
2005 alors que nos Z’Amours devenus les Nationals de Washington
rendirent visite aux Blue Jays à Toronto. Je m’en souviens comme si
c’était hier. L’équipe de la ville Reine avait gagné les deux premiers
matches avant de perdre le troisième. Bien mince consolation. C’était
encore notre équipe, nos joueurs, mais dans un uniforme drôlement laid,
une casquette triste à mourir. C’était de la haute trahison.
Voir
les anciens Expos dans l’uniforme des Nationals à Toronto, c’était
comme revoir la femme que l’on a tant aimé, pour qui nous étions prêt à
mourir et qui nous a quitté sans ménagement pour un autre amant plus
beau, plus athlétique et plus riche, revenir visiter, avec son bellâtre,
ces voisins que l’on n’a jamais aimé et les entendre rire de bon coeur
ensemble dans la cour.
Qu’est-ce que je raconte? C’est même
pire. Après tout, plusieurs d’entre vous l’auront probablement vérifié
depuis 2004 : il est plus facile de trouver une nouvelle blonde, ou un
nouveau chum, que de remplacer une équipe de baseball dans son cœur.
C’est
pour ça que j’ai bien du mal à retomber en amour avec une équipe de
baseball. C’est pour ça que je suis devenu un cœur volage avec les
équipes des majeurs. Tantôt j’applaudis les Red Sox, mais le lendemain,
vous me surprendrez dans le lit des Yankees. La semaine suivante, vous
me verrez peut-être encourager les Reds, les Cards ou les Astros. Je
suis tellement devenu un impénitent courailleux qu’il m’arrive parfois,
les stores fermés pour que personne ne le sache, de regarder et de me
ranger derrière les Nationals comme cette semaine quand ils vont jouer à
Toronto. Mais je vous prie de ne le répéter à personne. Cela dit, je
tiens à préciser que je n’ai jamais été capable d’encourager les
Phillies.
Pas capable d’aimer Philadelphie et tout ce qui s’y
rattache… sauf les fameux cheese-steak sandwiches qui donnent des
cauchemars aux cardiologues de l’Amérique. Vous voyez bien qu’il me
reste encore un peu de bon sens.
Oui, je l’avoue, je suis volage
et infidèle depuis que les Expos m’ont brisé le cœur. La cicatrice ne
s’est jamais tout à fait refermée. Lorsque Warren Cromartie et la gang
de 1981 viendront nous visiter ce week-end dans l’ouest de l’île, je
serai tenté d’aller les voir, par nostalgie. Mais je ne sais pas si j’en
aurai le courage. Ça vient encore trop me chercher, ça remue encore
trop d’émotions. Peut-être que j’aurai encore envie d’aller oublier ma
peine en continuant à jouer les Casanova avec des équipes de balle d’un
soir. Ne me jugez pas. Avant d’être cocufié par les Expos, j’étais un
homme vertueux, je vous l’assure.
***
Si j’en veux tant
aux Expos de nous avoir quitté en 2004, c’est que ce départ a
littéralement changé le visage sportif de Montréal. Le vide qu’ils ont
laissé n’aura profité qu’au Canadien de Montréal, malgré les succès des
Alouettes et, bien que dans une moindre mesure, ceux de l’Impact.
Jusqu’en 2004, lorsque le Canadien disparaissait rapidement au
printemps, soit d’avoir raté les séries, soit d’en avoir été écarté
hâtivement, toute l’attention se dirigeait vers les Expos. Le Canadien
était en vacances? Tout le Québec prenait des vacances du hockey et
s’intéressait au baseball, au football ou au soccer.
Depuis
2004, c’est un peu plus fou chaque année. J’écris cette chronique un 13
juin, quelques jours après un Grand Prix fabuleux. J’écris cette
chronique alors que le sensationnel Lee Strasburg des Nationals
s’apprête à affronter les Blue Jays dans le troisième match de la série.
J’écris cette chronique à la veille d’un premier match préparatoire des
Alouettes. J’écris cette chronique alors que l’Impact s’apprête à
inaugurer son nouveau Stade Saputo plus ou moins inachevé. J’écris cette
chronique alors que nous sommes en plein Euro 2012 et au lendemain
d’affrontements plutôt prévisibles entre Russes et Polonais à Varsovie
(Pour tous les petits opprimés à carrés rouges qui croient que Harry
Potter est un personnage historique, je précise que les Polonais
digèrent encore bien mal de voir des Russes ou des Allemands dans leur
capitale. Quelque chose à voir avec le fait que les premiers ont laissé
les deuxièmes détruire systématiquement Varsovie en janvier 1945).
Nous
sommes à la mi-juin, il n’y a rien à dire sur le Canadien… et pourtant,
les médias seront nombreux à Brossard pour épier les espoirs du grand
club au cours des prochains jours. Ils y seront plus nombreux qu’au camp
des Alouettes à Lennoxville. Ils y seront plus nombreux qu’aux
entraînements de l’Impact. Vous en saurez bientôt davantage sur la
valeur de Jarred Tinordi que celle de Noël Devine. Vous serez mieux
informé de l’état de santé de Brendan Gallagher que de celui d’Alexandre
Despatie. Vous connaîtrez davantage la vie de Michaël Bournival que
celle de Marco Di Vaio.
C’est pourquoi je pleure encore la perte
des Expos. C’est pourquoi je suis devenu un maquereau incapable d’aimer
une seule équipe des Majeures. Depuis la mort des Expos, le Canadien
m’étouffe et prend trop de place. C’est pourquoi j’envisage de lui être
infidèle. C’est pourquoi j’envisage de le tromper avec les Penguins, les
Blackhawks, les Rangers et même les Bruins. Rassurez-vous, je ne suis
pas totalement amoral. Je ne serai jamais capable d’encourager les
Flyers.
Il me reste encore quelques principes!
C-A Marchand: Montréal sans les Expos...
Par Charles-André Marchand | Yahoo! Québec Sports – mer. 13 juin 2012 10:15 HAEGaleries des manchettes
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